Après le raffarindum

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Et après le RAFFARINDUM ??...

Bernard Lecardinal (Juin 2005)

  29 Mai 2005, en France. Une claque monumentale, ces têtes qui nous “embrouillent” depuis mois et années et qui sonnées tirent une de ces gueule... Un bref instant de jouissance à les voir. Des têtes qui valsent, mais pas une révolution. Simplement un coup de frein, nécessaire, mais dont la suite dépend de nous tous ..  

   Comme il fallait s’y attendre il n’y a pas eu l’once d’une humilité de la part de la plupart des leaders partisans du OUI, en particulier au PS, mais au contraire, le moment de stupeur passée une attitude hargneuse, dédaigneuse, revencharde, persistante dans son mépris des populations et cherchant les têtes des coupables à abattre !

  Dissipons tout de suite tout malentendus. Nombreux sont parmi nous les abstentionnistes de toujours dés qu’il s’agit de confier, non pas un “mandat révocable sur un point précis décidé par une Assemblée générale souveraine”, mais un chèque en blanc à un de ces politiciens de gauche ou de droite qui prétend représenter au mieux nos intérêts sur l’étal du marché capitaliste et de la domination d’Etat. Nombreux ont été ces abstentionnistes à avoir, cette fois-ci, devant une question “OUI ou NON” (terriblement simpliste  - aurait dit Proudhon), décidé que cette fois-ci ils iraient voter pour dire NON.

  Quant aux non-inscrits, nombreux sont ceux qui ne pouvant voter directement, ont mis tout de même leurs forces de frappe vers le NON et oeuvré en ce sens de milles manières. Comme par exemple avec le Lundi de Pentecôte boycotté (16 Mai 2005), pour lequel il fallait développer l’idée, ce qui fut loin d’être insurmontable tant ce nouvel impôt fût  impopulaire car injuste. Les gens n’étaient pas dupes. Il est clair que la désobeissance populaire quant à cette journée favorisa la montée du NON au traité constitutionnel. Même les lycéens la plupart non inscrits sur les listes électorales, toujours victimes d’une féroce répression, ont influé dans le sens du NON, avec un retour aujourd’hui du gel de la loi Fillon !

   Nombreux peuples n’ont pas eu de référendum, les élites de gouvernances pourvues de millions de chèques en blanc leur imposèrent sans discussion la ratification du traité. D’autres ont eu le choix de refuser ou d’accepter. En Espagne, avec une brève campagne, c’est un tout petit Oui qui est passé, avec un taux record d’abstentions et avec les NON Ce fut même OUI ultra minoritaire! En France, vu la participation, on voit que ce sont les abstentionnistes qui se sont mobilisés pour dire NON. Et comme ceux qui se sont vraiment abstenus (30%) n’ont pas dit OUI, cela fait un OUI très minoritaire et donc un rejet sans équivoque du traité constitutionnel. Raffarin l’avait bien compris, puisque, chose rare chez un premier ministre, il avait appelé à l’abstention en déclarant “qu’un bon NON est un NON qui s’abstient”!. Cette fois-ci donc l’appel à l’abstention n’a pas été vraiment suivi.   

  Les chefs syndicalistes espéraient de façon ambivalente le OUI, car dans le cadre de la Confédération Européenne des Syndicats, les bureaucraties auraient touché un colossal pactole. Ce qui aurait renforcé la puissance financière - nerf de la guerre - de ces mêmes bureaucraties syndicales vis à vis des syndicats de base nourris essentiellement par les cotisations des adhérents. Une façon d’assujetir un peu plus la part résiduelle d’autonomie et de fédéralisme existant encore. Une façon de gouvernance, conforme à l’oligarchie techno-libérale des “élites”. Et comme il est devenus visible que la contestation sociale s’accompagnait de la montée du NON, les appels et échos à la mobilisation on été freiné par les bureaucraties syndicales dés le moi de Mars 2005 et, outre les vacances scolaires, le 1er Mai fut lamentable sans appel direct à un boycott massif le lundi de pentecôte (excepté CFTC et CNT-AIT). Pour ne pas faire monter le NON. C’est donc sous la pression des bases syndiquées ou non, dans les entreprises, la boule de neige  du boycott de la suppression du jour férié ayant par de multiples chemins gagnée toutes les entreprises, que les syndicats ont tout de même couverts avec des préavis les travailleurs qui envisageaient de faire grève ... Aux raffineries Total, les travailleurs prêts à créer une pénurie d’essence à 5 jours du referendum, pour obtenir leur férié et plus encore, et virent leurs revendications assez rapidement satisfaites par l’intervention paniquée de Raffarin !

Après tout cela trois éléments semblent à retenir pour alimenter notre réflexion:

1 - Les gens se sont parlés et ont parlé de politique, partout et en toutes circonstances, ce qui est sain et raffraichit l’atmosphère ... “Politise tes inquiétudes, tu inquiéteras les politiciens...” “Si tu ne t’occupe pas de politique, la politique, elle s’occupe de toi ..” à suivre..

2 - Le lien social historique menacé encore plus par la constitutionnalisation d’un Etat Moloch fait d’oligarchies technocratiques et financières libérales a été défendu à différents niveaux par ceux qui ont dit NON. Ceci est cohérent avec l’évolution du capitalisme financier qui a largement les moyens d’imposer ses propres logiques, y compris pour faire n’importe quoi “1800 milliards de dollars circulent chaque jour sur le marché des changes. Seuls quelques pour-cent de ces transactions servent au fonctionnement de l’économie “réelle”, c’est à dire à celle qui crée des biens et des services, des investissements et des emplois: le volume annuel des échanges mondiaux de biens et de services s’élève à 6000 milliards de dollars, soit moins de quatre jours de spéculation!”  Le NON fut le refus par les gens de se voir déposséder de son histoire du lien social comme de la logique arithmétique d’une économie des biens et des services. Le NON est la brèche dans laquelle s’engouffre ce frémissement que les gens aux prises avec le concret puisse être élaborateurs par leurs praxis de débats, lois, règles, constituants, institutions, et opposent leurs légitimes constructions à ces nouvelles légalités élaborées par les oligarques technocratiques destructeurs du lien social...

3 - La fracture dans le consensus politiquement correct de la bien pensance aura permi l’ecclosion de la question d’une critique anticapitaliste et antilibérale de la traite migratoire. Une critique permettant d’aborder la question en marginalisant les arguments xénophobes en ce qu’il relèvent du racisme le plus arbitraire. En effet, “Dumping social”, “différences de niveaux de vie, même pour une activité identique”, “délocalisation des entreprises comme des travailleurs”, traite du travail le moins bien payé comme causes catastrophiques d’un risque de replis communautaristes agressifs dans un contexte d’accélération des enjeux concurrentiels ont été sévèrement critiqués. Ce ne sont pas les populations qui subissant le plus d’exploitation qui ont été désignées comme coupables, mais bien les élites organisatrices de la traite.. Un refus solidaire et non pas un refus xénophobe, mais portant sur un même sujet sensible, terrain de confrontation véritable et enjeu majeur du XXIème siècle...

   N’oublions pas que le OUI, comptait en Europe les soutiens de l’extreme droite la plus dure aspirant toujours à réaliser le rêve Hitlérien de la grande Europe, misant sur l’Europe forteresse et la guerre inter-continentale xénophobe dans un contexte d’accélération et de durcissement des concurrences économiques paupérisantes et excluantes...

   Militarisation en ordre de marché vers La guerre intercontinentale! D’anciens gauchistes Européens, manipulés sur la base d’une promesse de confrontation anti-impérialiste US, se retrouvèrent parmi les partisans du OUI. Quant à l’Etat Turc, nationaliste, il fut plutôt critiqué sur la base du génocide arménien fondateur et de la répression des Kurdes et de la politique antisociale

   Après une victoire du NON, en France, les défenseurs du OUI de gauche ont prophétisé un retour de bâton ultra-libéral ? Quant est-il au delà des querelles personnelles entre politiciens ?

  On assiste en effet dans les voeux du gouvernement Villepin à une institutionnalisation de la précarité avec facilitation des licenciements, faux CDI, retour et applications rigoureuse des radiations de l’assurance chômage pour refus de prise d’emploi “raisonnables”.

Toujours la même façon de trancher dans le vif, la porte ouverte à tous les arbitraires. Renforcement de la traite du marché du travail.. Et Sarkozy ? Les français, paraît-il aiment le voir dans le rôle du croque-mitaine.  

  Toujours est-t-il que le bilan de sa loi sécuritaire et malgré les avertissements des opposants, aura montré que cette loi n’aura profité qu’aux mafias spécialisées dans la traite des femmes ! Voilà le vrai bilan de Sarkozy. Alors, Flic ou voyou ? Pour qui travaille-t-il ?  

   En tous cas ses récentes injonctions sur le contrôle des populations migrantes, contrôle sélectionné selon les besoins du marché et doublement du nombre de reconduites à la frontière montrent sa volonté d’une traite maîtrisée comme sa complète insensibilités aux drames du concret.. Le monsieur N de la famille, dont le frère est bien placé au MEDEF veut construire son empire, un empire qu’il faudra préventivement dévaluer..

  Du côté du “gel” de la “loi” Fillon, qui est une “victoire” des enseignants et des lycéens, comme du “gel” de la réforme coûteuse de la sécurité sociale, très peu populaire dans le concret (3 Milliards d’Euros d’investissement informatique par Douste Blazy le désormais spécialiste des finances), il s’agit d’opérations de déminage destinées à calmer les esprits pendant que d’autres durcissements s’annoncent.(1) Et on verra sur le mois de Juin les conséquences du projet mortifère “Hôpital 2007” et l’une de ses conséquences sur le statut des praticiens hospitaliers que l’Etat voudraient voir assujettis aux intérêts des directions technocratiques, si le refus des intéressés comme l’interêt des patients est entendu par le nouveau ministère de la santé.

  Et sur Paris, capitale, dirigée par le PS, Bertrand Delanoë maire de Paris, pourquoi pas présidentiable surprise, ayant appliqué avec zèle la suppression du jour férié de la pentecôte, partisan du OUI au traité constitutionnel, continue de brader les moyens publics de la ville, comme les jardins d’enfants de l’OPAC, le traitement municipal de l’eau, la dalle de Beaugrenelle...

Sous la plage de Paris, le marché!

Voilà bien des représentants de la gouvernance technocratique, libérale, financière, oligarchique. Les ripostes sociales continueront. Sans les armes rouillées de la commune contre la super puissance militaro-policière high-tech... Dans un monde des symboliques et échanges  internautiques, il semble que d’autres pratiques de refus, de désobéissance et de court-circuitage des médias, testées à grande échelle cette année, soient à l’étude de la contestation. Stratégies, tactiques, et jeu de Go... à suivre.

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(1) Finalement moins de trois semaine après l’annonce du gel de la loi Fillon, sur le médecin référend, et même du programme de radars automatiques, on apprend que le gouvernement réaffirme l’application de la loi Fillon dés la rentrée 2005, que la mise en place du médecin référend c’est comme prévu le 1er Juillet 05, et que plusieurs centaines de radars automatiques (pompes à fric) seront bientôt opérationnel. Des manoeuvres de désarçonnage de colère populaire, annonçant les pires durcissements. Et pourtant le risque aigü de remplacement de la sécurité sociale par les compagnies d’assurance, à l’appel du MEDEF dés signature du traité constitutionnel Européen, vient d’être retardé par la victoire du NON. Jusqu’à quand?