Une année avec Maurice

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Une page de Maurice


Une année avec Maurice et ses amis
de Février 2001 à Décembre 2002 ...
Et il y en aura d'autres !!

Didier DAVOUST


Maurice et les ASSEDIC - Maurice et la psychanalyse - Maurice et les licenciements - Maurice et les vacances -  Maurice et l'euro (I)  - Maurice et l'euro (II)  -  Maurice et l'Histoire - Maurice et les Restos du Coeur - Maurice et les élections - Maurice et la rentrée - Maurice et les sans-papiers - Se recentrer avec Maurice - Maurice et le vendredi 13.

Maurice et les ASSEDIC février 2001

Au café tabac à côté de la mairie, au comptoir, devant son Vittel menthe, Maurice lit «Les Échos» et la presse financière. Maurice est chômeur en fin de droits. Auparavant, il habitait le 94 et maintenant il réside dans le 93, à Aubervilliers. Depuis qu'il a appris qu'il paraissait que la seule réalité économique possible était le capitalisme/libéralisme, Maurice s'est mis à la page, à son niveau, au mieux de ses intérêts.

En ce moment, une idée tourne dans la tête de Maurice. Dans le 94, ses indemnités de chômage étaient virées à son compte bancaire le 5 du mois suivant; là, dans le 93, elles le sont les 8, 9 ou 10. Maurice ne fait que commencer sa culture économique et financière, mais il remarque : «Ils travaillent avec mon argent... en attendant que je le touche, ils empochent les intérêts ! Quand je bossais, mon tôlier me payait le dernier jour du mois. Maintenant que je suis chômedu 'y a un décalage et ils touchent des intérêts sur mon dos !»

Maurice prend à témoin les autres consommateurs. Henri qui lit un journal plus «populaire» lui dit que c'est peut-être que dans le 94, les ASSEDIC n'ont pas encore intégré la réalité financière, que ce sont de mauvais financiers ! Maurice dit qu'il va réfléchir, qu'il va demander un rendez-vous à son conseiller financier à sa banque pour l'éclairer à ce propos. Là, Gégé, un habitué, dit que tout ça c'est trop compliqué pour lui et qu'il préfère gratter un «morpion» ou un «solitaire». -«J'ai pas ton instruction !» dit-il à Maurice, qui là, lit les cours de la bourse.

  

Maurice et la psychanalyse  mai 2001

Maurice et Michel sont en grande discussion autour du comptoir du café tabac de la mairie, à Auber'. Ils y tiennent amphi, Maurice devant son Vittel Menthe et Michel devant la "Côtes-du-Rhône". Maurice est chômeur en fin de droits et Michel est RMIste. Maurice a lu dans le petit journal «Idea-RMI» de mars l'article de M. L. sur «le coprah libertin». On sait que Maurice s'est mis à l'étude de l'économie et de la finance mais là, il a besoin des lumières de Michel qui lui, est féru de psychanalyse. Maurice dit à Michel : «Il paraît que quand je fume ma gitane maïs, l'inconscient  me fait faire autre chose et que tout ça, c'est manipulé pour faire du fric sur mon dos.»

Là, Michel pontifie, il parle de Freud, de Lacan, de Wilhelm Reich, de M. le professeur Pierre Legendre.

-«L'inconscient barre l'accès au réel, au concret. Tu crois faire une chose et tu en fais une autre. Tout ça, c'est la triangulation oedipienne entre l'enfant et ses parents qui s'est mal passée.
- C'est quoi la triangulation oedipienne ?" lui demande Maurice.

Michel lui répond...  - "C'est comme qui dirait, comme quand aux élections, au second tour, il y a une triangulaire, ça se termine toujours mal, ou pas comme on voudrait.» Là, Maurice comprend mieux. Avec Michel, il colle au moment des élections pour les forces de progrès.

Maurice se gratte la nuque et il dit à Michel: - «L'inconscient, c'est un inconvénient.

-T'as tout compris, c'est avec ça que la pub, les médecins te pompent ton fric, jouant sur ton affectif» lui répond Michel. Là, Maurice se dit qu'il va devoir apprendre la psychanalyse. Il pense aux perspectives de ces horizons de connaissance. Il commande un Vittel simple car la menthe est un excitant, et aujourd'hui Maurice a eu sa dose !
 - «Ah, les intellos ! Vous avez pas un tuyau pour le quinté ? J'ai bien écouté, avec la triangulation du tiercé ça ira pas. Aussi je me mets au quinté et si y a des chevaux ou des jockeys qui s'appellent "Oedipe" , "Inconscient" , "Freud", "Lacan" , j' les jouerai pas !» Là, c'est Pierrot, qui a bien écouté nos deux compères et qui recommande une bière Record avant de faire son quinté. «C'est la Sorbonne à domicile, ici !» dit-il au serveur.

Maurice et les licenciements  juin 2001

Autour du comptoir du café tabac de la mairie à Auber', ça discute ferme, ça sent le meeting politique ! Il y a là Jean-Pierre qui travaille à Renault Choisy-le-Roi, Guytou, agent EDF, Farid agent de la Poste, Michel, RMIste et Maurice, chômeur en fin de droits, qui est le centre d'attraction.

Il fait chaud avec la météo et dans le social. Maurice a mis sa casquette en arrière, ce qui laisse voir le sommet dégarni de son crâne, ses lunettes à grosses montures sont baissées sur son nez, son col de chemise est ouvert, il est en sueur et en moins d'une demi-heure, il a déjà pris trois Vittel menthe et là, il s'apprête à en recommander un quatrième.

«Tu vas faire un arrêt-ravitaillement au stand !» lui dit Jean-Pierre, qui comme Maurice est un passionné de Formule 1. Tous ces gens habitent des communes tenues par les forces de progrès: Auber', Saint-Denis, Malakoff et le 21 avril dernier, ils sont allés à Calais manifester contre les licenciements chez Danone, Marks & Spencer etc.

Là , tout le monde écoute Maurice dans la salle, tous les regards et les oreilles sont tournés vers lui. Après avoir bu une gorgée de son quatrième Vittel menthe, Maurice dit : - «Ouais, Michelin, Danone, Marks & Spencer, Moulinex, ça va continuer, j' vous l'dis, réfléchissez; les bases du raisonnement économique sont viciées : une boite qui gagne pas d'argent licencie, une boite qui gagne de l'argent licencie également ! Ouais, les gars !»

C'est le silence autour de Maurice. Ce dernier reboit une gorgée de son Vittel menthe. Jean-Pierre fait signe au serveur d'en préparer un cinquième pour Maurice et il rajoute:  - «L'entreprise telle qu'elle existe actuellement n'est pas faite pour satisfaire le travailleur, les besoins individuels et collectifs. Il faut satisfaire l'actionnaire avant tout ; l'argent sert à reproduire de l'argent, tout ça, c'est du virtuel et pas du concret.

Là, Maurice rallume sa Gitane maïs avant de continuer :

- Tiens, autre chose. Vous connaissez mon beauf 'Mimile, qui est maintenant gardien d'immeuble après avoir été chômedu. Ben, dans la boite où il grattait, on lui avait donné quelques actions. Il était devenu actionnaire et il avait du voter son licenciement pour faire baisser les prix pour satisfaire le consommateur et l'actionnaire.

Mimile était patron, salarié et consommateur, ça l'avait conduit à la dépression nerveuse ! Il arrivait pas à s'y r'trouver dans cette triangulaire !

- On est en plein Lacan, dit Michel, l'apôtre de la psychanalyse .
- Avec tous ces licenciements, qui c'est qui va payer ma r'traite ? dit Pierrot qui a bien écouté et qui prépare son quinté devant un demi de bière Record. Il rajoute : avec le quinté j'ai jamais pu toucher plus que le bonus. C'est pas avec ça que je peux mettre du beurre dans les épinards. J'essaierais bien le loto, p't-êt' que bientôt va p'us y avoir de r'trait' si ça continue comme ça !»

Le problème des retraites! C'est un sujet que Maurice abordera une autre fois, car là, aujourd'hui, il risque l'overdose de Vittel menthe ! -«Tu me r'mets ça !» dit-il au serveur !

 Maurice et les vacances   juillet 2001

Les vacances approchent et autour du comptoir du café-tabac de la mairie, à Auber', ça discute à ce propos.

- "Avec ma femme, on va aller trois semaines chez notre fille à Clermont-Ferrand, dit Bébert, retraité SNCF, qui rajoute: en tant qu'ancien cheminot j' paye pas l'train. C'est un petit avantage.
- Moi, j' vais aller quinze jours en excursion en Bretagne avec l'Amicale de mon club de pétanque, dit Gégé, qui est en train de gratter un black Jack.
- Moi, le CE d'EDF fait bien les choses: déjà les colos pour les gosses, et ma femme et moi, on va aller sur les bords de l'Atlantique, au Pays Basque, dit Guytou, agent EDF.
- Maurice, toi, où tu vas ?" lui demande Bébert .

Maurice est chômeur en fin de droits, il a quatre-vingt et quelques francs par jour pour vivre , il a droit à des vacances mais que l'on calcule en francs ou en euros, son budget vacances est limité ! Il répond :

- "En août, j' vais aller chez mon beauf' Mimile qui est collé avec ma soeur Annick, à Châtillon, dans le 92. Mimile est gardien d'immeuble. En août, ' y a pas grand monde et là-bas, je serai tranquille pour faire la grasse matinée et boire l'apéro le midi et le soir en m' faisant bronzer sur la terrasse. J' vais prendre carrément un mois... Je vais changer d'air... Mimile a été chômedu, il comprend, il est solidaire !" Maurice va prendre des vacances méritées même si des mauvaises langues lui disent parfois qu'en tant que chômeur il est en vacances toute l'année !
- "On va fêter les vacances, dit Bébert qui paye sa tournée, dont le Vittel menthe pour Maurice qui rajoute :
- Les vacances ça devient un luxe. Même les gens qui bossent partent moins longtemps et moins loin qu'avant. Pensez pour ceux qui sont aux minima sociaux ! I' faudrait un nouveau Front Populaire comme en '36 pour garantir des congés payés pour tout le monde ! Avant tout, il faudrait un emploi pour chacun !" Sa carte orange va permettre à Maurice d'aller en vacances en août à Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, donc pas de frais de transport supplémentaires à prévoir.

En buvant son Vittel menthe, Maurice savoure à l'avance ceux qu'il boira pendant un mois chez Annick et Mimile.

- "Mimile prend son mois de vacances en août, il va pas bouger de Châtillon, par contre moi, je vais m' déplacer d'Auber' à Châtillon - dit Maurice qui va prendre le bus et le métro avec ses valises - avant, quand j'grattais, j'allais en vacances dans le Loir-et-Cher, j' prenais l'train à Austerlitz. Maintenant, même si j' me déplace moins loin, je me déplace quand même... " Maurice n'a pas baissé les bras et il va prendre ses vacances en 2001 comme chaque année !
- "'y a p'us malheureux qu'moi, dit Maurice. C'est vrai, les minima sociaux sont un luxe si l'on compare avec ceux qui n'ont droit à rien ! Les sans papiers vont-ils prendre des vacances ? L'Etat peut leur payer le billet d'avion pour retourner dans leur pays d'origine. Mais ça c'est pas des vacances, c'est de la déportation..." conclut Maurice qui savoure à l'avance son mois de vacance à Châtillon où il pourra jouer à la belote avec Mimile, Annick et Lulu, un voisin...

Maurice et l'euro (I)   septembre 2001

 Pierrot a le tournis ! Ce ne sont pas les deux demis de bière Record qu'il a bus en préparant son quinté qui sont cause de celà même s'il fait chaud. Non ! C'est Maurice qui a pris la tête à tout le monde autour du comptoir du café tabac de la mairie, à Auber', avec le problème de l'euro ! Ça a commencé quand Maurice en achetant son paquet de Gitanes maïs a demandé à la caissière combien ça faisait en euros !

- «Vous savez pas qu'un euro c'est 6.55957 francs et inversement, dites-moi combien un franc ça fait en euros. Vous savez p'us faire une règle de trois. Faites comme moi, achetez une petite calculette !» lui avait dit Maurice. Puis ça avait continué au comptoir où Maurice avait demandé au serveur combien valait son Vittel menthe en euros. Là, maintenant, une discussion sur l'euro est lancée autour du comptoir. Maurice se fait payer la tournée de Vittel menthe pour faire part de ses lumières sur la question !
- «'y a eu les anciens francs, les nouveaux francs, maintenant , c'est l'euro , moi, j'y comprends rien.» dit Madame Micheline qui est retraitée. Maurice se fait mousser pour éclairer les uns et les autres :
- «On 'a pas fait les écoles nous, à quatorze ans, il fallait gratter!» dit Bébert, retraité SNCF.

Après avoir tiré sur sa Gitane maïs, Maurice dit :

- «A partir du premier janvier 2002, l'euro et ses centimes seront mis en circulation dans les douze pays de la zone euro. ' y a trois pays qui ont pas pris cette monnaie unique et qui gardent leur monnaie nationale : les Anglais, les Danois et les Suédois. Les Anglais, i' font jamais comme tout le monde, c'est des originaux. Tiens, leurs voitures roulent à gauche et ils votent à droite... Maurice est content de son humour, il continue :
- Du premier janvier 2002 au 17 février 'y aura une double circulation en francs et euros, 'y aura un retrait progressif des pièces et des billets en francs. Faut s'y mettre à apprendre à calculer en euros.
- Pourquoi va y avoir l'euro ? demande Gégé qui est en train de gratter un millionnaire en buvant son ballon de rosé .

Maurice répond :

- Tout ça , c'est la construction européenne; c'est la monnaie unique de la pensée unique. C'est Giscard qui avait anticipé à ce propos, pour empêcher les pertes dues aux fluctuations des taux de change entre monnaies pour les entreprises .. Maintenant, dans l'Europe supermarché, va p'us y avoir ce problème: partout, tu paieras en euros : à Paris, à Berlin, à Madrid, à Turin, mais ça veut pas dire que mon Vittel menthe ou ton ballon de rosé vaudront le même prix en euros d'un pays à un autre. Partout, c'est pas le même niveau de vie et là, c'est l'Allemagne qui est en position dominante...»

Maurice se fait resservir un Vittel menthe sur le compte de Gégé avant de continuer (rappelons que Maurice s'est mis à l'étude de l'économie et de la finance ).

- «Tout ça, pour empêcher la dévaluation compétitive, c'est-à-dire éviter que des pays dévaluent pour mieux exporter. L'euro va profiter aux grandes entreprises, mais pas aux particuliers. Là, tout le monde approuve Maurice qui continue :
- Pour arriver à ça, en France, on a fait la politique du franc fort, ça a amené aux licenciements, aux suppressions d'emplois.»

C'est le silence autour de Maurice, qui après avoir rallumé sa Gitane maïs reprend:

- «Faut s'y mettre à compter en euros. C'est bientôt, le premier janvier 2002 . Faites gaffe, si vous devez du fric aux impôts, vous êtes attendus au tournant quand vous sortirez vos billets de cent balles de dessous votre matelas pour les changer en euros !»

Aujourd'hui, Maurice a fait fort autour du comptoir, il a sapé le moral à tout le monde ! Avant de partir, il rajoute :

- «Et encore, j' vous ai pas dit les intérêts que les Américains vont tirer de tout cela, et les Allemands, pour racheter les boîtes françaises.' Y p'us d'états souverains, ça va être l'euro-vision !
- Salut tout le monde! J'ai assisté à une conférence d'explications sur l'euro, à la Mutualité, vous en faites une gueule !»

Là, c'est Michel qui vient de rentrer et qui ne comprend pas pourquoi il se fait rembarrer.

- «Tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi! Y en a assez pour aujourd'hui . Laisse-nous boire notre coup tranquillement, tu vas faire tourner la "Côtes-du-Rhône" en vinaigre...» lui dit Bébert !

Maurice et l'euro (II)  octobre 2001

 Autour du comptoir au café tabac de la Mairie à Auber', les uns et les autres commencent à digérer quant à l'euro, même que Gégé et Bébert ont demandé des explications complémentaires à Maurice. «C'est pour moi !» dit le serveur au sujet du Vittel menthe qu'a commandé Maurice. Maurice se lance dans ses explications :

- «Ça fait un bout de temps que partout les prix i' sont affichés en Francs et en euros, vous avez eu l'temps d' vous habituer! Vous avez pas été pris en traîtres !

Mais personne fait attention, de toute manière, d'ici la fin de l'année i' va y avoir des campagnes d'information sur l'euro: i' doit y avoir un double affichage des prix.»

La caissière se dit qu'elle va devoir afficher le double prix en francs et en euros pour les Gitanes maïs qu'achète Maurice ! - «Si tout le monde était comme vous, où on irait ... dit-elle à Maurice.

- Vous avez qu'à faire comme moi, vous t'nir au courant, répond Maurice qui continue : ça fait un bout de temps que les banques vous envoient des relevés avec la double indication, de même par chèque on peut déjà payer en euros. Tiens, bientôt j'achèterai d'un seul coup une cartouche de Gitanes maïs et j'f'rai un chèque en euros !»

Maurice est tout content de son idée. Pour la peine, il demande à Gégé de lui payer un nouveau Vittel menthe !

- «Tout ça, c'est la conséquence de Maastricht, dit Michel qui continue : l'euro, c'est la technocratie de Bruxelles: un état qui bat plus monnaie n'est plus souverain; i' faut pas s' voiler l'problème politique.
- Tiens, j'ai pas vu où en était l'euro par rapport au dollar, dit Maurice.
- Ne nous embrouillez pas l'esprit, on apprend tout juste à compter en euros ... faites pas tourner la "Côtes-du-Rhône", dit Bébert.
- On a déjà pas beaucoup d'argent et i' viennent encore nous compliquer la vie avec l'euro, dit pour sa part madame Micheline.
- Faut faire 3615 Euro 2002 sur minitel, ou bien le numéro vert gratuit 08 00 01 2002, i' vous expliquent tout, lance Maurice, à qui la caissière vient d'offrir un Vittel menthe.
- On a pas d' temps à perdre avec leurs conneries, répond Gégé qui vient de gagner trente francs en grattant un solitaire.
- L'euro, c'est pour bientôt. Placez vos économies en dollars! lance Maurice à la cantonade avant de partir .
- La mairie va lancer des campagnes d'explication sur l'euro...» continue Michel. Gégé est en train de calculer combien font en euro les trente francs qu'il a gagnés.
- «Donc, un euro, c'est 6,55957 Francs, là, j'ai trente Francs. Prends ta calculette, Maurice avant de partir !
- Tiens, au fait, faudra afficher vos prix en euros !» lance Maurice au serveur et à la caissière.

 

Maurice et l'Histoire novembre 2001

- "Salut tout le monde... J' vous présente mon neveu et filleul Christophe... ça, c'est d'la vraie graine de Maurice... il étudie l'histoire, les arbres généalogiques, c'est un érudit. C'est un jeune plein d'avenir!"

Là, c'est Maurice qui vient de rentrer dans le café-tabac de la mairie à Auber' avec un jeune homme dans la trentaine. Maurice a la cinquantaine et c'est vrai qu'il y a un air de famille enre Maurice et Christophe !

- "Les histoires... moi j' cherche des histoires à personne... elles arrivent toutes seules, dit madame Micheline qui est en train de boire son décaféiné...
- I' s'agit pas de ça... l'histoire avec un grand "H", tiens, mon père qui était mineur me racontait quand j'étais gosse comment il s'était fait matraquer par les CRS lors des grandes grèves ouvrières en 1947... c'est Jules Moch qui était alors ministre, qui avait créé cette nouvelle force répressive...

Là, c'est Bébert qui vient de répondre en buvant sa "Côtes-du-Rhône"...

- Toi, Maurice, qu'est-ce-que t'en dis sur l'histoire ?" demande Gégé qui gratte un "Goal" devant son ballon de rosé.

Avant de répondre, Maurice fait noter par le serveur différentes tournées de Vittel menthe sur le compte des uns et des autres... Parler donne soif ! Et Maurice parle beaucoup ! - "L'histoire, elle est partout... tiens, ' y a qu'a regarder le nom des rues à Auber' et ailleurs: rue de la Commune, avenue de la République, boulevard Anatole France... rue Henri Barbusse... partout l'histoire transpire dans le quotidien... on n'y échappe pas. Elle est du passé, du présent et de l'avenir... Aujourd'hui, les gens sont i' devenus amnésiques... c'est pour cela que ça ne va plus dans la société... Sans le sens historique, tu peux pas te situer, faire le point..." Après ces paroles, Maurice attaque son deuxième Vittel menthe et rallume sa Gitane maïs.

- "'y a l'histoire personnelle... Freud, et Lacan avaient montré que notre première enfance conditionne toute notre vie... l'inconscient..." C'est Michel, l'apôtre de la psychanalyse qui vient de prendre la parole et qui se fait interrompre par Bébert:
- "Toi, on t'a déjà dit que tu faisais tourner la "Côtes-du-Rhône"... t'es trop intensif... on peut pas suivre !
- Ça va être bientôt la commémo' de la "grande boucherie" de 14-18: le 11 novembre... les grandes mutineries de 1917... Le gouvernement a réhabilité les mutins qui avaient alors été fusillés... i' faudra également réhabiliter les communards de 1871, dit le docteur Tersandu, en buvant son "102" (un double 51).
- Ouais, le soldat inconnu de 14-18... moi, j' vais aller commémorer le barricadier inconnu de '68! dit Gégé qui vient de gagner 50F en grattant son "Goal"... Gégé a de l'humour.
- Tiens, Maurice, rappelle-toi, fin '97-début '98, quand on occupait pacifiquement des ASSEDIC pour faire augmenter les minima sociaux, comment la ministre du travail avait fait évacuer par les CRS, comment on s'était fait matraquer..." Michel a repris la parole en changeant de registre et là, Bébert ne peut rien dire !
- "Maurice, porte-moi pas la poisse, j'ai toujours un arrieré avec les impôts... dit Gégé en commandant un nouveau ballon de rosé et en reprenant un nouveau "Goal" à gratter.
- Les arrierés... c'est comme ceux de l'inconscient... ça te poursuit... i' faut aller à la racine des choses...

Michel a pu placer son mot pendant que Bébert et Pierrot discutaient quant au quinté de ce jour.

- Si j'avais l' temps, j' mettrais sur l'ordinateur l'histoire des chevaux, des jockeys, de leurs performances... comme ça, j' gagnerais..." dit Pierrot, en train de déguster son demi de bière Record et de préparer son quinté.

Christophe, le neveu et filleul de Maurice est resté jusqu'alors discret, il prend la parole: - "Mon oncle a raison, il faut pas faire l'impasse sur l'Histoire, il faut savoir d'où on  vient pour savoir où on va... L'histoire structure notre vie, notre environnement... il faut dominer, maîtriser l'Histoire...

- Comme en psychanalyse, où il faut maîtriser son inconscient, lance Michel qui a pris de court Bébert.
- J' vous l' disais bien que mon filleul c'était de la vraie graine de Maurice ! Pour la peine, Michel, tu vas lui payer un autre café et toi, Bébert, tu vas me r'mettre un nouveau Vittel menthe..." lance Maurice. Ça continue de discuter sur l'Histoire autour du comptoir du café-tabac de la mairie à Auber'.

Maurice et les Restos du Coeur  février 2002

Là, un lundi midi de février 2002 à l'heure de l'apéro, au café-tabac de la mairie à Auber', Maurice vient d'arriver, la casquette de travers.

- "T'en fais une tête, Maurice... " lui dit Bébert, retraité SNCF qui va offrir à Maurice un Vittel menthe pour que ce dernier se requinque. Maurice prend la parole: - "J'sors des restos du coeur à Auber'... 'Y a plus d'une heure d'attente; ils contrôlent les cartes et l'identité car il parait qu'il y a des fraudeurs... On se croirait sous l'occupation de la dernière guerre mondiale ou bien dans les pays de l'est à une époque... " Maurice vide d'un trait son Vittel menthe . Bébert lui en paye un second et demande à Maurice de continuer. C'est l'attroupement autour du comptoir pour écouter Maurice et les uns et les autres polémiquent au sujet des Restos du Coeur.
- "'Y a trop de miséreux. On peut pas nourrir tout le monde, les fainéants, les français, les immigrés... dit Christobald, retraité devant sa "Côtes-du-Rhône".
- Les restos du coeur n'ont plus rien à voir avec Coluche" dit Michel, RMIste, le pote de Maurice.

Maurice reprend:

- J'ai discuté avec Riton, un bénévole des Restos du Coeur, il m'a dit que c'était l' préfet qui avait demandé ce contrôle car le nombre de bénéficiaires a augmenté depuis l'an passé. En plus, il parait qu'il y en a qui fraudent avec les cartes. J'ai dit à Riton que c'était pas normal que ce soit si long, c'est simple: tu présentes ta carte du Resto et ta pièce d'identité. Ouais, mais Riton m'a dit que dans l'application c'était plus difficile. J'lui ai dit que j'comprenais pas. Ou tu as tes papiers ou tu les as pas ! Riton m'a dit qu'il fallait quand même donner à bouffer aux gens comme le disait Coluche. J'lui ai dit qu'on pouvait pas jouer sur les deux tableaux, ou alors on contrôle ou on contrôle pas !
- Le contrôle social de la misère s'accentue... C'est le nouveau totalitarisme... "dit le docteur Tersandu, devant son 102 et qui vient d'offrir à Maurice un nouveau Vittel menthe. Maurice continue:
- "Riton m'a dit qu'il y avait environ 5% de fraudeurs... J'lui ai dit qu'il y aurait toujours de la fraude... Riton a rajouté que 5% sur toutes les communes françaises... Là, je commençai à perdre patience... j'ai dit que ce que l'on distribuait, c'était les excédents de la communauté européenne et qu'aujourd'hui on pouvait donner à manger à tout le monde... En outre tous les ans en France, on détruit des tonnes de fruits et de légumes pour maintenir les prix..."

Le grand Dédé qui travaille dans une oeuvre humanitaire, en dégustant un ballon de rosé prend le relais... - "... toutes ces files d'attente, c'est scandaleux... on s'arrange pour dégoûter ceux qui ont besoin... et d'autre part si on pense aux tonnes de marchandises que jettent chaque jour les grandes surfaces et qui pourraient être distribuées...

- On donne trop aux familles et pas assez aux personnes seules... les familles ont déjà les allocations familiales... J'en ai vu qui viennent en BMW se ravitailler au Resto du Coeur, dit Mariette, RMIste qui là, boit son décaféiné.
- Cette année, ils donnent pas grand chose, j'me démerde autrement" dit le gros Daniel, lui aussi RMIste, qui termine son demi de bière Record. Maurice s'essuie la sueur du front, boit une gorgée du nouveau Vittel menthe que vient de lui offrir son pote Jean-Pierre qui travaille à Renault-Choisy, et reprend:
- "J'ai dit à Riton que c'est pas la magouille de la misère qui porte sur quelques paquets de pâtes ou quelques boites de petits pois qu'il fallait contrôler... Non, c'est la magouille de toute la classe politique qui porte sur des milliards... Riton n'a pas dit le contraire...
- Rendez-nous les milliards détournés, les pots de vin... dit Michel, RMIste qui essaye de voir quelle action mener pour que la misère soit entendue...
- Puisqu'on parle de Coluche et des Restos du Coeur, rappelle-toi de ce qu'il disait quant aux politiques: "Un pour tous, tous pourris !" ... T'as qu'à te faire élire et tu feras matraquer la misère, lui répond avec humour Maurice.
- 'Y a pas qu'aux Restos du Coeur qu'il faut attendre... À la poste, au centre de santé, à la Sécu'... partout, il faut attendre, il serait temps que les politiques prennent conscience de la banlieue de la misère... dit Jacquot, employé municipal et l'un des piliers du syndicat au niveau local.
- Faut r'penser la finalité sociale, le partage du bien-être de la société moderne... mais ça ne va pas être le thème des prochaines élections ! lance Maurice à la salle avant de continuer:
- Il faut bien nourrir les gens. Pour l'heure, c'est le contrôle social de la misère... Bientôt en mars, les Restos du coeur vont fermer. On oublie que les gens ont faim toute l'année ! Les politiques continuent de faire l'autruche devant la réalité de la misère...
- C'est vrai, ' y a plus de coeur, plus de spontanéité dans le caritatif qui devient un agent de contrôle de l'Etat, dit Guytou, agent EDF qui continue:
- Il faut reprendre la politique à la base, c'est aux citoyens de se prendre en charge c'est pas normal qu'en France et dans tous les pays riches on en soit encore là !
- Aux Etats-Unis, ' y a pas d' Restos du Coeur, on met la misère en prison où il faut gratter pour avoir la bouffe. En France la gamelle est bonne ! lance Christobald qui prépare son quinté avec Moustache, ouvrier dans le bâtiment.
- Il faut un nouveau paradigme social, dit en commandant un nouveau 102, le docteur Tersandu.
- La misère, qu'elle soit immigrée ou nationale, reste la misère et personne ne s'y attaque, dit Maurice qui pour se remettre de ses émotions de la matinée vient de reprendre un nouveau Vittel menthe offert par Christobald. - J'espère qu'ils vont arrêter bientôt leurs contrôles qui ne servent à rien sinon à emmerder le monde, à nous faire attendre inutilement. J'ai pas qu'ça à faire, moi... "

Rappelons ici que Maurice s'est mis à l'étude de l'économie et de la finance, de la psychanalyse et autres choses intéressantes. Son allocation chômage lui sert en quelque sorte de bourse d'études et il considère le Resto du Coeur comme une forme de CROUS (Centre Régional des Oeuvres Universitaires) Ce jour, le Resto du Coeur d'Aubervilliers aura marqué l'heure de l'apéro au café-tabac de la mairie.

Là, même si la salle est comble, il n'y a pas de file d'attente pour contrôler l'identité des consommateurs !

Maurice et les élections   juin 2002

 - "Où qu'i's'cache le Maurice ? On l'a pas vu de toute la campagne électorale..." Là, c'est Bébert, retraité SNCF, qui anime le débat autour du comptoir du café de la Mairie à Auber'. Bébert en est à sa troisième "Côtes-du-Rhône".
 - "C'est vrai, Maurice a disparu, on aurait quand même eu besoin de ses lumières pour savoir pour qui voter, tant aux présidentielles qu'aux législatives, dit Madame Micheline, retraitée, devant son décaféiné.
 - On comprend plus rien à la politique, lance Gégé qui gratte un Black-Jack et qui rajoute: j'ai encore perdu. Qu'ce soit la droite ou la gauche, c'est comme au jeu, on perd plus qu'on gagne."

Tout d'un coup c'est le silence... Maurice vient de faire son apparition...

 - "Salut tout le monde !"

Le moment de stupeur passé, c'est le brouhaha autour du comptoir... Tous commandent un Vittel menthe pour Maurice. Là, Maurice a plusieurs jours de consommation d'assurés.

- "Tiens, j'avais peur que les fachos t'aient fait la peau..." lance Michel, RMIste, le pote de Maurice qui soutient le parti et le syndicat au niveau local. Ce dernier se fait interrompre par Bébert qui commande son quatrième ballon :
 - "Toi, on t'a déjà dit de pas l'ouvrir car tu fais tourner la "Côtes-du-Rhône" au vinaigre ou au mieux en rosé qui nous tord l'estomac !" Bébert lance un clin d'oeil complice à Farid, agent de la poste qui a voté pour Arlette.

Maurice boit d'un trait son Vittel menthe... Le garçon se précipite pour lui en servir un deuxième... Maurice allume sa Gitane maïs avant de prendre la parole:

 - "J'vous l'avais dit, j'ai préparé ma campagne électorale... Tout le monde a voté Maurice !
 - Faut nous expliquer... On voit pas c'que tu veux dire, lance Christobald, retraité qui prépare son Quinté avec Moustache, ouvrier boiseur dans le bâtiment.
 - La France a voté Maurice, répond Maurice, qui relève sa casquette sur le haut de son crâne avant de continuer:
 - Que ce soit aux présidentielles ou aux législatives, 'y a eu beaucoup de candidats, beaucoup d'abstentions, beaucoup de bulletins nuls, les gens i's votent souvent plus par stratégie que par conviction... les états-majors politiques n'ont pas compris le sens de ces dernières élections. Ça va bouger dans le pays, i'va bien falloir qu'un nouveau modèle social soit proposé...
 - Moi, j'me suis abstenu... Maurice, tu veux dire que quoi qu'aient fait les gens, les problèmes ont été déplacés et qu'il faut faire de la metapolitique" dit le docteur Tersandu devant son deuxième 102.

Là, c'est la cacophonie autour du comptoir... chacun y va de son argumentaire, qui a voté à droite, ou bien à gauche, à l'extrême droite ou à l'extrême gauche, qui s'est abstenu, qui a voté nul ou blanc, qui... etc. Maurice est debout au milieu de la mêlée où l'on entend parler de sécurité, des retraites, du chômage, de tous les thèmes de la période électorale.. Maurice est stoïque au milieu de tout cela.... Là, il va calmer le jeu.

 - "Je l'disais bien, vous avez tous voté Maurice! Vous avez tous compris, chacun à sa manière qu'il fallait un véritable débat sur la finalité de la société, que le fossé s'était creusé entre légitimité et légalité...
 - La gauche a trahi le social! J'me suis abstenu, lance le grand Dédé qui travaille dans une oeuvre humanitaire, devant son quatrième ballon de rosé que regarde goguenard Bébert qui lui s'en tient à la "Côtes-du-Rhône" et qui lance un clin d'oeil complice à la salle:
 - "Moi, j'préfère le rouge au rosé!"

Ça continue à discuter autour du comptoir, chacun essayant de faire valoir le bon droit de ses arguments... Maurice tire sur sa Gitane maïs avant de continuer:

 - "Avec Maurice, c'est vraiment la France en grand, ensemble... I'faut s'faire entendre, et voir plus loin que tous les archaïsmes... Avec Maurice, c'est la nouvelle humanité, et la nouvelle citoyenneté.
 - C'est vrai, on a tous voté Maurice dans la diversité de nos expressions respectives.... 'y a qu'les politiques pour pas comprendre cela, lance Jean-Pierre, ouvrier à Renault Choisy-le-Roi qui pour la peine recommande un double pastis.
 -Toi Maurice, tu mets tout l'monde d'accord, mais on voudrait bien savoir comment pour ta part, t'as voté, Maurice ?" c'est Bébert qui a repris la parole. C'est le secret alchimique de Maurice qui répond:
 - "Ça n'a pas d'importance, ce qui compte maintenant, c'est comment on va gérer la suite des opérations... L'après élections 2002 ne fait que commencer... brandissez l'étendard Maurice, c'est à dire sachez voir plus loin que le bout de votre nez !
 - La France d'en haut ou celle d'en bas, 'y en a marre... J'voudrais avoir des garanties pour ma retraite... lance Christobald.
 - Vous avez qu'à écrire des cahiers de doléances et vous faire entendre... Moi, j' prépare la suite des élections, faites-en autant. À demain!"

Là, Maurice sort... et ça continue à discuter autour du comptoir, chacun donnant son avis sur comment Maurice a voté Maurice !...

Maurice et la rentrée  septembre 2002

-"C'est la rentrée d'septembre, c'est r'parti pour une année!... dit Bébert, retraité devant sa "Côtes-du-Rhône", un midi, à l'heure de l'apéro au café-tabac de la Mairie à  Auber'.
- Et l'temps y est gris... P't-êt' qu'on va enfin avoir du beau temps, en octobre ou en novembre!... enchaîne la caissière.
- 'y a p'us d'saisons!... continue Madame Micheline, retraitée, devant son décaféiné, qui vient de rentrer de vacances de Saint-Mandé, dans le 94, où elle a gardé le chat de son gendre et de sa fille, pendant un mois, alors que ceux-ci étaient en vacances au Pays Basque.
-Ouais, c'est la rentrée, et 'y en a toujours qu'essayent de resquiller pour régler leurs tournées!... dit le serveur.
- Tu parles pour qui ? lui demande Christobald, retraité, devant sa "Côtes-du-Rhône".
- Pas besoin d'expliquer... les concernés, i' s'reconnaitront!...répond d'un air entendu le serveur, regardant en coin Bébert et Christobald !
- C'est la rentrée pour s'bouger!... Cette année i' faut avancer!... Là, c'est Maurice qui a pris la parole, dégustant le Vittel menthe que lui a offert Jean-Pierre, ouvrier chez Renault à Choisy-le-roi.
- L'parti socialiste a explosé en plein vol!... Leur congrès de ce dernier week-end, ça a pas été la joie!... lance Patrick, chercheur en sciences religieuses et responsable de la formation dans une banque.
- L'Premier ministre ' veut une rentrée zen, pas d'vague... continue Pierrot, vendeur dans une quincaillerie, devant son demi de bière Record...
- La misère, elle est toujours là, va falloir s'attaquer à c'te problème!... répond le docteur Tersandu devant son 102..
- Faut s'mobiliser... ajoute Michel, RMIste et pilier du parti et du syndicat au niveau local.
- Les impôts sont là, la rentrée, ça r'vient toujours cher ! glapit le serveur.
- Si tu payes des impôts, c'est qu't'as du pognon!... lui répond Maurice.
- Maurice, i' paye pas d'impôt, i' vit aux crochets d'la société, dit goguenard, en aparté, Guytou, agent EDF, devant sa Kronenbourg...
-Avec la rentrée, j'continue à perdre aux jeux à gratter!.. se plaint Gégé devant son ballon de rosé...
- C'est la rentrée, les SDF qui sont partis en province cet été, i's vont r'venir pour s'faire héberger à Paris... et l'humanitaire est d'p'us en p'us insipide!... dit le grand Dédé qui travaille dans une oeuvre humanitaire, devant également son ballon de rosé.
- Cette rentrée n'est pas comme les autres!... Les nouvelles perspectives, elles commencent! "

Maurice a pontifié... Dans la salle et autour du comptoir chacun essaye de décrypter le message de Maurice!

-"Maurice, à la poste, ça ne va pas pour les 35 heures, tu vas nous aider! dit Farid, agent de la poste et militant politique et syndical.
- La rentrée en grand, la rentrée ensemble!... lance Maurice à la cantonade.
- Monsieur Maurice, c'est la révolution qu'vous allez nous amener! gémit la caissière...
- Moi, j'suis avec Maurice... 'y en a marre de cette société! dit Christobald.
- Si Maurice est d'accord pour qu'on réquisitionne les barriques de "Côtes-du-Rhône", j'en suis !... enchaîne Bébert.
- Une nouvelle garde nationale est en train de s'constituer, dit avec humour le docteur Tersandu, qui continue:
-Oui, c'est la grande rentrée (r)evolutionnaire! Bientôt, le 11 septembre, ça va être la commémo' d'la destruction des deux tours lingots à New York!
-... et Bush i' continue les conneries... enchaîne Michel.
-Bon, b'en à d'main pour dev'lopper cette nouvelle rentrée, dit Maurice avant de partir.
-L'Maurice i' prépare que'que chose! Mais quoi ? fouine Bébert...
- L'Maurice c'est un malin, là, il pose pour continuer de s'faire rincer! ironise Guytou...
- Mais avec Maurice, ça rapporte à tout l'monde!" répond Pierrot...

Maurice et les sans-papiers  septembre 2002

 -"Les sans-papiers continuent de manifester, i's ont occupé la Basilique à Saint-Denis... L'ministre de l'intérieur a dit qu'il voulait b'en régulariser ceux qui voulaient s'intégrer mais pas les autres!" dit Bébert, retraité, devant sa "Côtes-du-Rhône", un midi, à l'heure de l'apéro, au café-tabac de la mairie à Auber'.
 - "En France, la gamelle est bonne, il en sort de partout, on peut pas accueillir toute la misère du monde! enchaîne Christobald, autre retraité, également devant sa "Côtes-du-Rhône"...
 - Faut distinguer entre les réfugiés politiques et les clandestins... Les boîtes d'intérim exploitent les clandestins! continue Michel, RMIste et pilier du parti et du syndicat au niveau local.
 - Les capitaux circulent librement mais pas les gens... dit pour sa part le docteur Tersandu devant son 102...
 - C'est la misère qui pousse à l'émigration, dit le grand Dédé qui travaille pour une organisation humanitaire...
 - Et vous monsieur Maurice, que pensez-vous de ce problème de sans-papiers?" s'enquiert la caissière.

Là, Maurice dégustait tranquillement le Vittel menthe que lui avait offert Patrick, chercheur en sciences religieuses et responsable de formation dans une banque. Il va prendre la parole.

- "C'est un problème bien complexe.. 'y a encore l'Etat-Nation avec l'impérium nord-américain... l'organisation mondiale, elle existe pas encore... L'capitalisme i'fait tout pour avoir de la main-d'oeuvre corvéable et taillable à merci...
 - Ce s'rait à chacun d'faire la révolution dans son pays... répond Michel
 - Avec des papiers, les cent papiers... on est quand même sans papiers... Tiens, en France, les minima sociaux sont largement en dessous du seuil de pauvreté!... ajoute Maurice.
 - Donner des papiers ou pas, ça résout rien de fondamental; c'est vrai, ça amène une amélioration pour voir venir, si on en donne, continue le docteur Tersandu.
 - Tiens, allez vous installer au Japon, ou au Mali, vous verrez si vous avez des papiers! dit Christobald.
 - Faut r'penser l'organisation planétaire... pontifie Maurice.
 - Les procédures administratives traînent en longueur, on fait poireauter les gens dans la précarité, dit le docteur Tersandu.
 - On les a pas forcés à venir! répond la caissière.
 - Là, on a toutes les mafias du monde entier! Partout on vient pervertir les dispositifs en place! surenchérit Patrick.
 - On a jamais eu autant d'algériens en France que depuis que l'Algérie elle est indépendante! ajoute Christobald.
 - Tiens, les basques, i's ont des papiers et i's voudraient leur indépendance. C'est mon gendre et ma fille qui m'ont raconté celà à leur retour de vacances au pays basque dit madame Micheline, retraitée, devant son décaféiné.
 - Même les asiatiques i's défilent dans les rues, ajoute Bébert.
 - Le problème actuel des sans-papiers en France renvoie à l'hypocrisie des politiques qui cautionnent l'exploitation de cette main-d'oeuvre par le MEDEF... En plus, c'est pas des électeurs! Comme on l'disait, faut penser à une nouvelle organisation mondiale où chacun pourrait vivre, travailler, s'installer, circuler comme il l'veut.

 Là, Maurice a repris la parole.

 - Oui, la véritable internationale de l'humanité réunifiée, réconciliée... continue le docteur Tersandu.
 - Vous êtes sans papiers... j'ai oublié d'vous donner le ticket d'votre dernière tournée! J'vais vite vous régulariser! dit le serveur à Bébert et à Christobald...
 - Bon, b'en à d'main! dit Maurice avant de partir.
 - En parlant d'papiers, faut qu'je r'fasse ma carte pour le train!" dit Christobald.

Se recentrer avec Maurice  décembre 2002

 - "Faut se r'centrer!" lance Maurice en arrivant un midi à l'heure de l'apéro, au café-tabac de la mairie à Auber'.
 - "Tu d'viens centriste maintenant ? lui répond Bébert, retraité, devant sa Côte- du-Rhône.
 - I'parle pas d'politique, Maurice, là i't'parle de spirituel! I'dit qu'il faut trouver son centre, c'est à dire son être profond ! rétorque Patrick, responsable de formation dans une banque et chercheur en sciences religieuses.
 - Ouais, faut trouver la source du véritable bien, continue le docteur Tersandu devant son 102.
 - Tout est à r'positionner... Faut trouver son nouveau souffle, son centre énergétique... Faut s'nettoyer la tête, faut r'trouver son unité, sa globalité..." Là, Maurice a pontifié !
 -"En parlant de r'centrage, Bébert et Christobald, j'vous rappelle qu'i'faut régler mes tournées, pas faire traîner... faut pas essayer de resquiller pour boire à l'oeil! lance le serveur.
 - Toi, tu devrais r'centrer pour servir de vraies doses à juste prix! lui répond Bébert.
 - Moi, i'faut que j'me concentre... Là, j'ai encore perdu en grattant un "numéro fétiche", dit Gégé devant son ballon de rosé.
 - Partout, c'est la raison déraisonnante... y a p'us d'sens ! Personne i'voit p'us c'qu'i' dit ou c'qu'i'fait! Faut se r'centrer, arriver à l'essentiel, au radical, au fondamental!"

 Maurice continue de pontifier.

 - "Dans l'désert actuel, 'faut conserver l'espoir, l'espérance... faut prendre du r'cul vis-à-vis du cauchemar que l'on vit, dit Gaby qui travaille dans une organisation humanitaire.
 - 'faut cheminer... faut lâcher prise, c'est comme dans le zen, continue Patrick."

  (un bruit) - C'est Christobald qui vient de tomber!

 - "J'm'appuyais au comptoir... j'ai lâché prise et v'là l'résultat! Heureusement qu'j'ai pas renversé mon ballon de Côte-du-Rhône, dit Christobald.
 - I' f'rait mieux d'lâcher prise quant à la Côte-du-Rhône, ironise Bébert.
 - Tu peux parler toi! lui rétorque Christobald.
 - C'est vrai, on est ligotés par l'vieux monde, mais on peut garder et développer sa lucidité, sa conscience, dit Maurice.
 - À la poste, la direction, elle veut pas lâcher prise pour r'voir l'application des 35 heures! On va être obligés de débrayer, enchaîne Farid, agent de la Poste et militant politique et syndical.
 - C'est toute la vie sociale qu'est à r'centrer, continue le docteur Tersandu.
 - Ouais, mais avec un r'centrage métaphysique, spirituel... reprend Patrick.
 - Tiens mon verre est vide..." constate Maurice.             

Déjà plusieurs personnes commandent une tournée pour Maurice.

 - "Là, Maurice, i'sait r'centrer pour s'faire rincer! ironise en apparté Guytou, agent EDF devant sa Kronenbourg.
 - Faut faire force de proposition, faut faire bouger les choses! lance Michel, RMIste et pilier du parti et du syndicat au niveau local.
 -Faut se r'centrer, trouver l'inédit et pas tomber dans des intégrismes, des dogmatismes... Faut qu'chacun évolue, sorte de ses ornières ! lance Maurice.
 - C'est un vaste programme pour tout l'monde! ricane Patrick qui continue :
 - ... mais y a pas d'autre issue.
 - Bon , b'en à d'main pour continuer d'se r'centrer! dit Maurice avant de partir.
- Moi, on m'y r'prendra p'us, j'vais me r'centrer mais j'vais pas lâcher prise du comptoir", dit Christobald.

 Maurice et le vendredi 13 décembre 2002

 - "Où qu't'étais Christobald ? On t'a pas vu hier!" s'enquiert Bébert, retraité, devant sa Côte-du-Rhône, un midi, à l'heure de l'apéro au café-tabac de la mairie à Auber', auprès de Christobald, autre retraité, également devant sa Côte-du-Rhône.
 - "Hier, j'suis sorti d'chez moi... j'ai failli rester bloqué dans l'ascenseur... ça s'est arrangé... et après, j'ai crevé un pneu à mon vélo... et c'est pas fini, un chien a failli me mordre! P'is j'me suis rappelé qu'c'était vendredi 13... Alors j'suis r'monté chez moi et j'ai pas bougé d'la journée! Heureusement qu'j'avais mon ravitaillement de Côtes-du-Rhône! raconte Christobald.
 - A moi aussi, l'vendredi 13 a pas porté chance! j'ai perdu 3 fois en grattant un "Black Jack" et p'is 2 "numéro fétiches" ajoute Gégé devant son ballon de rosé.
 - Moi, j'me suis coupé l'doigt en préparant un "Cantal", dit pour sa part le serveur.
 - L'vendredi 13, moi, j'avais pris le porte bonheur que m'avait béni une voyante... mais ça a pas empêché que sur ma ligne de métro, 'y avait du r'tard! dit, pour ne pas être en reste, la caissière.
 - Moi, j'ai encore reçu un redressement fiscal, gémit Bébert.
 - Vous et vos superstitions! Vous mélangez tout.. Chaque jour qui s'fait, vendredi 13 ou pas, 'y a du bon et du mauvais... à force de penser au vendredi 13 vous contribuez à créer les problèmes. C'est comme la psychosomatique!"

 Là, c'est Maurice qui a pris la parole devant le Vittel menthe que lui a offert le docteur Tersandu.

-"Maurice, le mauvais oeil, ça existe! répond Mamadou, ouvrier à la voirie à Auber'.
 - Vous mélangez tout... "13", c'est c'qui met en marche les 12 signes du zodiaque... Vous n'avez qu'à relire "les chevaliers de la Table Ronde"; "13", c'est l'Christ et les 12 apôtres... vous êtes dans ces superstitions. Là, c'est Patrick, chercheur en sciences religieuses et responsable de formation dans une banque qui est intervenu.
 - Moi, j'y crois au vendredi 13! répond Christobald qui prend à témoin la salle et le comptoir.
 -Tiens, comme hier, Christobald, il était pas là, tu peux pas dire qu'il aura essayé de t'resquiller une tournée! Faut voir l'positif, pas que l'négatif... c'est pas la première fois que tu t'coupes en préparant un sandwich... t'étais tellement obnubilé par le vendredi 13 qu'tu voulais voir seulement c'qui n'allait pas.

Maurice s'est adressé au serveur.

 -Si Christobald, il était pas là, l'Bébert, lui, i'a essayé de m'resquiller deux tournées! répond le serveur.
 - Avec les sourds, ceux qui veulent pas entendre... c'est inutile de discuter.. dit Patrick.
 - Avec les superstitions, i's entretiennent le capitalisme! rajoute pour sa part Michel, RMIste et pilier du parti et du syndicat au niveau local.
 - Moi, l'vendredi 13, hier, c'était comme les autres jours, ni pire ni meilleur, dit pour couper court Maurice.
 - Moi, j'sais b'en c'qui m'est arrivé hier! répond Christobald qui ne veut pas en démordre.
 - On va pas s'fâcher pour ça! dit Madame Micheline, retraitée, devant son décaféiné.
 - N'empêche que ma grand-mère m'a toujours dit qu'il fallait faire attention au vendredi 13, continue la caissière...
 - Moi, hier, j'me suis engueulé avec mon patron, rapport aux heures sup' qu'i'veut pas payer! dit Pierrot, vendeur dans une quincaillerie, devant son demi de bière Record.
 - Maurice, j'te l'répète... le mauvais oeil, ça existe. Hier, j'ai vu mon marabout pour pas avoir de malheurs! enchaîne Mamadou.
 - Bon, b'en à d'main! J'vous laisse digérer votre vendredi 13! dit Maurice avant de partir.
 - ... donc, hier, vendredi 13... (Christobald est en train de narrer ses mésaventures.)
 - Laissez-en pour les autres, Christobald! dit quelqu'un.
 - Moi et mon redressement fiscal... (Bébert ne veut pas être en reste.)
 - Et moi... (le serveur montre son pansement à l'index de la main gauche...)
 - Et moi... et moi..." entend-t-on dans la salle et autour du comptoir...