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Psy, clinique...
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Ce texte fut diffusé sur le site web des
états généraux de la psychiatrie ayant eu lieux du 5 au 7 Juin 2003. Il
y resta quelque mois puis disparu de toute accessibilité sans explications
cohérentes de la part des responsables du site pourtant sollicités sur
cette disparition. Par conséquent nous le publions sur notre site l’auteur
ayant bien voulu, par ailleurs, rajouter quelques annotations. http://www.eg-psychiatrie.com/article.php3?id_article=215 http://www.oedipe.org/fr/actualites/CMP ___________________________________________________________________ Psychiatrie: dans les
filets de L'Etat de fait. (Mai 2003 - Avec notes
Juin 2005) Docteur YM Dusanter -
Psychiatre des hôpitaux De
plus en plus de gens s’accordent à dire que la psychiatrie publique va
mal, bien que l’on voit de plus en plus de “psys” à la télévision, pour
expliquer, justifier, voire cautionner, tel ou tel aspect de l’actualité... Mais en ce qui concerne la dénonciation de
la catastrophe sanitaire, la destruction de la qualité des outils de soins
publics, point d’échos médiatiques.
(1) A croire que les collègues qui se retrouvent au coeur des médias n’ont, sinon le
désir, pas le pouvoir de peser sur les médias qui les invitent si régulièrement. De la même façon que le paritarisme cogestionnaire
a tué la critique du rapport à la hiérarchie d’Etat, comme à celui du
pouvoir économique, il semble que le fait de copiner avec des journalistes
eux-même complaisants avec la main qui les paye soit un facteur de plus
dans ce silence pesant. Cette critique de l’involution d’un système
ne peut donc être menée que par les intéressés, patients, proches et familles,
et aussi travailleurs des unités de soins avec leurs spécificités, mais
de façon inter-professionnelle. Historique rompu Nous sommes aujourd’hui confrontés à une augmentation
considérable de la demande et des besoins de soins, alors que nos temps,
moyens et outils de soins nous permettant d’agir professionnellement et
en toute indépendance nous sont retirés les uns après les autres. Sans que nous ayons pu à ce jour, inverser
cette tendance néfaste, sur une grande échelle et efficacement. Moins
de personnels médicaux et paramédicaux formés, moins de lits (80 000 lits
supprimés depuis 20 ans, dont 16 000 ces 6 dernières années, et sans remplacement
d’équivalents-places), moins de formations adaptées, moins de temps de
recul et de discussions possible autour d’une clinique pourtant en évolution
et afin d’y faire face. En
quelques années nous auront vécu: -
L’invalidation des savoirs spécifiques (suppression du diplôme infirmier
psychiatrique et donc de sa formation sur 3 ans, suppression de certains
modules universitaires en psychologie clinique, en particulier psychanalytiques
- la psychologie d’entreprise, elle, se porte bien, suppression de nombreux
séminaires validant en psychiatrie universitaire.); -
La disparition des temps cliniques d’élaboration pourtant si nécessaires
pour cerner l’évolution historique, géographique, sociologique, des pathologies; -
La suppression du lien de filiation historique de la psychiatrie institutionnelle,
avec la volonté très représentée dans les CHU, d’abolir toutes
les anciennes références (psychanalytiques, phénoménologiques, corporelles,
systémiques, institutionnelles), et de les remplacer par les découvertes
neuro-scientifiques et moléculaires. Il ne s’agit pourtant pas de contester l’apport
de ces nouveautés, mais de se demander pourquoi et en quoi elles devraient
chasser les anciens savoirs, qui ont malgré tout fait leurs preuves. Tout
clinicien, tout soignant, sait que la prise en charge d’un patient ne
réussit que lorsqu’elle se construit sur mesure. Elle nécessite pour cela
une palette d’outils et de référentiels suffisamment large pour que l’on
puisse y trouver les réponses adaptées. D’ailleurs les nouveaux savoirs neuro-scientifiques
et moléculaires développés à l’aide du progrès technologique, n’apportent
pas de solutions révolutionnaires de remplacement des anciennes techniques.
Bien qu’il y ait de nouvelles molécules au moins aussi efficaces - mais
pas toujours - avec moins d’effets secondaires (en attendant que l’on
ait plus de recul sur le temps) et de nouvelles techniques d’imagerie
médicale nous permettant de localiser certains dysfonctionnements, elles
ne sont qu’un plus. Il aurait été plus intéressant de les confronter aux
anciens savoirs pour les inscrire dans une continuité qui assume l’histoire
contradictoire de la psychiatrie plutôt que de se livrer à une véritable
oeuvre révisionniste, négationniste même, d’invalidation de la transmission
des connaissances
venues d’un passé encore si proche. Tout cela est justifié au nom d’impératifs
“économiques” de “rentabilité”, par des décisions ministérielles d’ordre
technocratique,
au service d’intérêts toujours plus privés. Dans ces conditions, il faut insister sur l’aspect
totalitaire de telles transformations lorsqu’en l’absence de toute critique
non censurée, on assiste à la destruction du lien de filiation historique
de la psychiatrie institutionnelle. Une destruction qui s’en prend avant
tout, aux outils fondés sur l’affiliation sociale, et sur les thérapies
de l’altérité. Déni de filiation, déni
d’affiliation, déni d’altérité: le totalitarisme. Les progrès neuro-scientifiques et moléculaires
nous aident pourtant à mieux comprendre l’évolution de la souffrance psychique,
et sont un plus dans la diversification possible et adaptée des prises
en charge, (y compris dans le fait qu’il faudrait pratiquer des ECG de
référence à tous ceux qui sont amenés à prendre des neuroleptiques - anciens
et nouveaux). Les objectifs de profit des laboratoires pharmaceutiques
ne peuvent d’ailleurs pas être séparés de l’ambiance économique générale
qui régit toute production et distribution. Et il est possible de saluer les apports tout
en critiquant les modes de production et de distribution, dans ce domaine
comme dans d’autres. Les CHU ne peuvent pourtant prétendre connaître
toute la psychiatrie, l’essentiel du travail psychiatrique public de secteur
impliquant des suivis nécessaires sur de longues durées, lui échappe.
Les CHU peuvent connaître les pathologies aiguës, le modèle de l’état
maniaque ou de la bouffée délirante, mais pas celui de ces nombreux patients
dépressifs graves et psychotiques nécessitant des prises en charges longues, variées, adaptées et sur mesure, non fondées
exclusivement sur l’enjeu moléculaire. Dans ces conditions, les CHU ne
peuvent prétendre, en psychiatrie, avoir le monopole du savoir universitaire
et par là chercher à influencer l’évolution de toute la psychiatrie publique.
On assiste pourtant à une captation de plus en plus importante des internes
en psychiatrie par les CHU, qui tendent pour les thèses et mémoires à
exiger des travaux en conformité avec les enjeux des CHU et non des CHI
publics de secteurs. Quant ils ne cherchent pas à dissuader leurs internes
de faire des stages en CHI, élément supplémentaire d’une volonté d’invalidation
de la psychiatrie historique. Il
est vrai que la pénurie d’internes ne facilite pas la donne, et qu’un
des enjeux d’avenir serait d’augmenter
le numérus clausus en médecine et de doubler à l’internat le nombre
de postes d’internes en psychiatrie. Tant qu’il reste des travaux universitaires
“dirigés” par des gens travaillant en psychiatrie de secteur, le
travail de secteur garde encore une place (modeste) dans le panthéon universitaire
et lui donne encore une validation.
C’est donc là aussi l’enjeu d’un combat et
d’une controverse majeure. Les internes sont souvent obligés de “montrer
patte blanche” pour voir leurs cursus universitaire validés par les maîtres
des CHU, en évitant consciemment de faire des travaux d’actualisation
clinique à partir des données cliniques de la psychiatrie de secteur,
pourtant plus enrichissant que les énièmes études d’ordre pharmacologiques. Bien sur ils pourraient le faire après leur
thèses et mémoire, mais absorbés par le labeur quotidien, avec des revues
professionnelles sélectives c’est illusoire. Et puis, comment ne pas céder,
à juste titre, après des années d’études aux sirènes des loisirs et de
la consommation.. En tout cas, orienter toute la discipline sur
la crise aiguë rapidement réversible, c’est dans les faits et moyens alloués,
pratiquer une sélection entre les patients, c’est à dire tenter de soigner
ceux dont les troubles peuvent -rapidement - disparaître et déclarer incurable
tous les autres, alors que l’on sait le faire, pour nombre de ces patients,
avec du temps, mais que ce savoir est
invalidé. Toute une catégorie de patients indésirables, n’intéresse plus
une psychiatrie qui se lave les mains de (ne pas) les voir errer et mourir
dans les rues, comme la nouvelle caution d’une extermination des temps
modernes. Tout cela, alors que le fait de continuer à
organiser la psychiatrie autour de la prise en charge des plus démunis
(en moyens personnels de défense psy), n’empêcherait en rien, au contraire, la prise en charge des cas aigus
rapidement réversibles. De la démographie inégalitaire
à la décentralisation ? Dans un contexte d’inégalité démographique
de la répartition des psychiatres publics, alors qu’il y a 1500 postes
vacants dans l’hôpital (700) et dans le médico-social (800), et des moyens selon les secteurs, on assiste à une remise en cause
de la politique sanitaire de secteur qui a pourtant fait ses preuves,
elle aussi, restant plus à améliorer qu’à
devoir disparaître. Tout cela va pourtant servir à justifier la
régionalisation de la psychiatrie, à comprendre plus comme une relocalisation
décentralisée dont les budgets deviendront dépendants de la richesse ou
de la pauvreté des régions. Le
projet Hôpital 2007, prônant l’autonomie locale et la création de pôles
d’activités substitués aux secteurs, va dans ce mauvais sens. Il y aura à la tête création de postes de
directeurs de pôles qui seraient choisis localement par les conseils d’administration
transmettant les volontés de l’ARH (Agence régionale d’hospitalisation
- plan Juppé) pour répondre à des objectifs de santé publique, loins parfois
de la psychiatrie. Il faudra faire baisser telle ou telle statistique
selon qu’elle sera une priorité médiatique et politique. Tous les budgets
seront dirigés vers ces objectifs prioritaires, au détriment des besoins
quotidiens de la psychiatrie, c’est à dire des soins pour les plus démunis.
Ces directeurs de pôles, médecins très rénumérés relégueront doucement
les chefs de services vers ces pôles d’activité. Une façon d’amener ,
en douce, la régionalisation (déterritorialisation). L’indépendance professionnelle y laissera encore
des plumes. En effet si les médecins, les professionnels de santé, sont
actuellement nommés et payés au niveau national pour exercer au niveau
local du secteur, ils gardent leur indépendance professionnelle quant
à leur exercice quelque soient les moyens où les pressions locales. Si
demain (2) les professionnels de santé devaient dépendre pour leurs
conditions d’exercice d’autorités locales, y compris médicales, ils devraient
se plier aux exigences et priorités des différentes politiques sanitaires
et budgétaires locales, même au dépend des besoins réels des populations.
Se soumettre tout en mettant en jeu devant les tribunaux leurs responsabilité
professionnelles que les pouvoirs locaux n’assumeront pas. Quelles seront
dans ce cadre les priorités sanitaires et les moyens alloués à ces priorités? Si on organise la psychiatrie relocalisée autour
de la crise aiguë, comme priorité, au dépend des aspects nécessitant les
prises en charges en continu avec des moyens de secteur, seront alors
exclus du champ des soins toute une population de patients fragiles, pour
lesquels - contre lesquels - s’exercera une politique de contrôle, d’enfermement
dans des structures non soignantes, d’anéantissement ou d’exclusion vers
la rue, la prison et/ou le cimetière. Des missions de démissions
? Qui
sont ces usagers que la psychiatrie publique est sommée désormais de servir
en priorité ? Des citoyens justiciables et encore insérés, (qui pourraient
d’ailleurs refuser d’être hospitalisés parmi les plus fragiles), ou bien les patients nécessitant les prises en
charges les plus suivies sur le long terme ? Que
la psychiatrie publique doive répondre à toutes les demandes pourquoi
pas, mais elle doit donner ses réponses dans les limites de ses capacités
réelles. Dans un contexte de pénurie des moyens, le risque est de faire
des choix au dépend des plus démunis: les gens fragiles, ceux et celles
pour qui les soins sont indispensables à une existence harmonieuse,
mais qui n’ont jamais la parole. Il faut donc une certaine volonté
de la part des équipes soignantes pour refuser d’abandonner
la prise en charge prioritaire des patients les plus lourds, même si cette
priorité relègue sur les listes d’attente, en dehors des situations urgentes,
les patients non handicapés.. D’autre
part il faut résister à la tentation d’accepter que la psychiatrie soit
missionnée au delà du soin, vers une participation au contrôle social,
à la “normalisation” des comportements. Bien sur il existe dans “notre société” de
distension des liens sociaux, d’anomie et d’ésseulement, des personnes
dont la fragilité narcissique n’étant plus contenue par un étayage social
plus fourni, vivent de graves décompensations dépressives, durables, avec
risque fatal (suicides, voire plus rarement meurtres). Ces personnes n’étant pas pour autant dissociées,
gardent une pensée et un discours suffisamment cohérent pour laisser penser
qu’elles ont de bonnes facultés d’adaptation alors qu’elles sont en grande
souffrance. Il ne faut pas passer à côté, car elles ont réellement besoin
de toute une infrastructure soignante où le médicament seul ne suffit
pas. Et pendant une période incluant
plusieurs temps d’hospitalisation parfois longs. Des prises en
charges pouvant s’étaler sur quelques années. Afin que ces patients reconstruisent
leurs défenses et au mieux colmatent leurs brèches narcissique. Il y a par contre d’autres personnes dont le
déséquilibre est plus d’ordre économique ou social que lié à une fragilité
psychique même momentanée, mais qui selon les circonstances très dures
de la vie économiques, sociale, familiale, sont amenées à être psychiatrisées
abusivement, comme si la psychiatrie allait corriger leur demande réelle
qui est celle de la dignité, d’une vie décente, du règlement d’un problème
de logement, de surendettement, de revenu, de divorce, de garde d’enfants...
Certains ne vont mal que par cequ’ils ont trop peu de revenus pouvant
les sortir de situations désespérées.
Ainsi, la juste colère, la revendication individuelle
face à des injustices patentes peut dans notre société être interprétée
comme un symptôme rendant nécessaire
des internements ou d’autres mesures d’ordre médico-sociales.. Il faut donc être très vigilant, aujourd’hui,
dans l’observation de la frontière redevenue floue entre ce qui relève
du “normal” et du pathologique. Seule l’écoute attentive de l’autre, de la
personne et de sa souffrance permet au delà des comportements et des discours
classifiant, de discerner la demande, le besoin de soin. Une nécessité
d’écoute qui peut demander du temps, plusieurs temps... La modification des présentations cliniques,
compte tenu des facultés d’adaptations apparentes, ne doit pas
nous faire rater la prise en charge d’une personne en grande souffrance
narcissique, mais ne doit pas faire psychiatriser abusivement une autre
personne sur la base de critères de normalisation sociale. Ainsi,
le risque d’internement abusif est de retour. Mais dans quelle mesure
? C’est un constat, le nombre d’internements,
par rapport aux hospitalisations libres, est en hausse, que ce soit les
HO et les HDT. Ces internements sont-ils tous abusifs au moment où ils
ont lieu? Force est de constater que l’augmentation de
la demande de soin et l’incapacité d’y répondre, par diminution des moyens
de soin dans des délais décents, amène nombre de personnes pour lesquelles les hospitalisations auraient pu être évitées,
ou être obtenues avec leurs consentements, sur leurs demandes, à se retrouver
dans un état suffisamment aggravé pour qu’ils ne soient plus en mesure
de décider quoique ce soit. Ces internements sont abusifs dans le sens
où c’est la non intervention à temps qui a précipité l’internement. Et
plus un patient est vu tardivement, plus un drame irrémédiable aura pu
se produire. On remarque aussi que face à des services au
nombre de lit trop réduit (80 000 en moins), s’il devient difficile d’obtenir
une hospitalisation libre (HL), le caractère légal de l’HDT tend à utiliser
cette pratique de façon plus fréquente, pour trouver une place! D’autant
qu’il ne faut pas oublier que nombre d’institutions de la société, des
maison de retraites, des foyers sociaux, sont de moins en moins tolérantes
vis à vis de certains “écarts de conduites” avec un recours à l’internement
de plus en plus utilisé, et, en prime, refus de la part de ces institutions
de reprendre leurs pensionnaires, même lorsqu’ils sont stabilisés. Diminutions
des nombres de personnels, des formations, dans ces institutions sont-elles
aussi à l’origine de ces manifestations d’intolérances? Bien sur, on remarquera que si ce nombre d’internements
augmente, c’est de façon inégale selon les secteurs. Certains secteurs
ont même vu leur nombre diminuer alors même que leur file active s’était
intensifiée et qu’ils n’avaient pas abandonnés de projets pour leurs démunis.
C’est possible avec une bonne dose de volonté collective et de psychothérapie
institutionnelle concrète... Il faudrait dés lors voir comment, institutionnellement
parlant, ils se sont organisés face à la pénurie pour garder une certaine
maîtrise de leur pratique clinique de secteur. En principe la légalité est telle que les internements
abusifs (ceux qui ne se justifient pas d’un point de vue médical car il
n’y aurait pas d’avantage sanitaire à l’hospitalisation) sont filtrés
par l’observation médicale et soignante laquelle après un temps d’observation
singulière et de réflexion clinique
rythmé par des certificats aux délais légaux, fonde la levée de la mesure
et la sortie. Ceci permet d’éviter les vices de procédures. Il faut savoir aussi que de nombreux patients
en HDT ou en HO vivent à l’extérieur de l’hôpital, bien qu’interné administrativement.
Ceci se fait, à l’éssai, dans la prolongation des suivis pendant le temps
de consolidation de l’amélioration. Dans certains secteurs, notamment parisiens, il arrive que des personnes soient
mises en HO (Hospitalisation d’Office) par la préfecture, mais que l’avis
des cliniciens recommandant la levée du HO et la sortie, soit refusé par
le préfet. Bien que les cliniciens estiment que ce n’est pas du ressort
d’une solution hospitalière. Les cliniciens et les équipes sont donc,
contre leur avis professionnels, contraintes par une autorité supérieure
de garder hospitalisées des personnes qui ne relèvent pas de soins en
service psychiatrique. Lorsqu’il s’agit de gens agressifs d’un point
de vue non psychiatrique, il arrive qu’ils se comportent comme de vrais
prédateurs vis à vis des patients hospitalisés les plus fragiles. Tout
cela accroît la tension dans les services et n’arrange en rien la qualité
des soins. Si cette tendance observée était en augmentation, c’est l’indépendance
professionnelle
des cliniciens qui serait remise en question et l’on voit, dés lors, que
la psychiatrie serait utilisés au dépend de ceux et celles qui en ont
vraiment besoin, comme auxiliaire du maintien de l’ordre, comme outil
du contrôle social. Il y a à craindre que la décentralisation (déterritorialisation)
évoquée plus haut soit le creuset de tels abus qui signerait la mort de
la psychiatrie. Des associations de citoyens, voire d’anciens
“patients malgré eux”, militent à juste titre contre les internements
abusifs, mais certains considèrent
que tout internement est abusif. Ces derniers font sans doute référence à leur
situation personnelle sans prendre en compte la globalité du problème.
Parfois certaines personnes, de par la nature même de leur pathologie
sont inaptes à avoir un recul critique suffisant leur permettant d’aborder
cette question avec discernement. Le problème, c’est qu’en rendant impossible
toute hospitalisation sans consentement, on risque de se situer dans des
situations de non assistance à personnes en danger dont l’issue pourrait
s’avérér dramatique et irrémédiablement fatale. Ce qui serait dommage, puisque, selon les situations, quelques jours
à quelques semaines, voire quelques mois, avec suivi, peuvent permettre à des gens très malades à
un moment donné de se remettre sanitairement complètement, alors que l’absence
de soin risque de leur être fatal, voir de retentir sur les autres. Le seul point de départ possible de l’amélioration
aura été hospitalisation prise sans un consentement impossible à donner
à ce moment là. Il y a donc dans le refus de toute pratique
d’hospitalisation sans consentement, un vrai mépris des situations de
ces personnes qui ont besoin de soins urgents et qui ne peuvent à ce moment
donner leur avis du fait même de leur pathologie. Est-ce cela la liberté
? Évidement, nous le savons, selon les qualités
différentes des prises en charge et d’accueil selon les
services, certaines personnes auront eu, à juste titre, une impression
fort négative de l’accueil et de la dignité. Le risque étant alors d’extrapoler
et de s’imaginer que c’est le cas de tous les services, sur tous les secteurs,
ce qui est loin d’être vrai. L’étude de cette question mérite donc de
tenir compte de la disparité des secteurs d’un point de vue institutionnelle. Enfin, il arrive aussi que certaines personnes
luttant contre des “internements forcément abusifs”, le fassent car elles
refusent le “mélange” avec les “aliénés” hospitalisés, ces derniers n’étant
pas pour eux des personnes dignes de ce nom. Ils n’ont d’ailleurs aucun
discours sur la vie (et l’avis) de ces “aliénés” qui ne semblent pas rentrer
dans leur définition de l’humanité et de ses droits, pour lesquels ils
se montrent si actifs. On voit donc derrière de grandes causes apparaître
une mauvaise foi fondée sur le mépris des plus démunis et orchestrée par
des citoyens ayants droits vivant dans un monde au sein duquel une seule
catégorie de bien-pensants puisse exister. Nous voyons à quel point ce
discours idéalisé d’une humanité purifiée et toute faite de raison triomphante
peut contenir de rejet de ceux qui ne sont pas digne d’être des hommes
car non “raisonnables”, un discours qui s’accommode fort bien de l’idéologie
sociale libérale qui sévit de la gauche à la droite comme pensée consensuelle,
totalitaire, facile et factice. Un discours qui alimente aussi certaines
dérives sectaires prétendument scientifiques. Moyens et pouvoirs.. Il manque de nombreuses places adaptées et
sur mesure pour quelques 45000 personnes souffrant de troubles psychiatriques
invalidants (13000 enfants, et 32000 adultes). 40% des sans abris et 30%
des prisonniers vivent aussi des troubles psychiatriques graves sans réponse
soignante adaptée. Doit-on
voire dans tout cela le fait que les 80 000 lits supprimés n’ont pas été
transformés en équivalent-place, sur mesure? Pour
les sans abris, ce qu’il faut
voir, c’est qu’il ne s’agit pas de personnes malades de par leur statut
de SDF, bien que cela ne les aide pas, mais de personnes incapables de
se défendre, exclues de tout processus de soins dont elles ont besoin,
et qui finissent par errer à la rue et gonfler le chiffre des sans abris.
Schizophrènes décompensés, dépressifs n’ayant plus envie de lutter.. c’est
commode de les camoufler sous le titre fourre tout de sans abri ou de
SDF, alors que chacun d’entre eux à une histoire et que nombre d’entre
eux pourraient bénéficier de soins, d’AAH, d’APL et donc d’un logement.
Pendant ce temps, et sur les mêmes secteurs où la rue voit fleurir ces
patients non soignés, des statistiques triomphantes sur des hospitalisations
courtes et des “guérisons” records avec de nouvelles molécules miraculeuses, voient
le jour sur le dos de ces nombreux patients exclus de tout processus de
soins. C’est la même chose en prison, où de nombreux
patients décompensés qui auront eu des troubles du comportement sur la
voie publique comme symptômes de leur pathologie, auront eu la malchance
de voir ces symptômes interprétés par les juges comme des délits vrais,
voire des attitudes aggravant le délit, sans qu’aucune souffrance n’ait
été détecté par ces mêmes juges ou policiers, qui eux ne portent aucune
responsabilité en cas d’errement sanitaire. En cas de violences ou d’aggressivités, il
faut tout de même prendre conscience que lorsqu’un patient schizophrène
est agressif, c’est qu’il est dans une situation vécue par lui comme défensive
face à un monde où sa perception amplifie les réactions les plus anodines
des autres, car c’est ce qu’il ressent. Les autres le voient comme agressif,
alors qu’il se défend. Cette agressivité là est le symptôme d’une fragilisation
intérieure intense qui est dangereuse mais très accessible aux soins.
Sans avoir à prendre de mesures nouvelles ou
plus intenses, la psychiatrie de secteur est depuis longtemps capable,
à condition que ses moyens n’aient pas été bradés, de soigner et d’aider
ce patient à se sentir rassuré, et donc de ne plus avoir à se défendre
d’une façon agressive et inadaptée. Dans la même veine faut-il rapprocher, comme
recours à l’internement abusif, des cas d’emprisonnements abusifs cautionnés
par des experts qui rendent de plus en plus à responsabiliser les individus
même lorsque le caractère délirant voire paranoïaque est patent? Et quant ils ne prennent pas un avis clinique
avant même que la justice ait pu prouver l’implication de la personne
dans un crime. Ce
qui occasionne quelques déconvenues sur le savoir psychiatrique, en cas
d’innocence avérée, si le diagnostic s’est échafaudé sur le “déni du crime
commis” alors qu’il s’agissait d’un cri vrai d’innocence... Une
manifestation a eu lieu à Paris le 15 Mars 2003, regroupant des handicapés,
des parents, des psychiatres et des enseignants, (DSP Droit aux soins
et à une place adaptée). Cependant, malgré la gravité du sujet, elle
ne donna lieu à aucune couverture médiatique à la hauteur du problème.
Comme lorsqu’il s’agit d’étouffer politiquement un cri. Ce n’est donc pas un sujet médiatiquement intéressant, lorsque le
problème institutionnel est posé en terme de volonté politique manquante
voire d’inconscient politique meurtrier... M-T. B, secrétaire d’Etat aux personnes handicapées,
déclare le 7 octobre 2002 qu’elle “laisse la responsabilité des chiffres annoncés”, aux professionnels
qui les ont avancés, “d’autant que
la réponse ne peut être uniquement quantitative”, “Avant de créer de nouvelles places dans des établissements spécialisés,
il faut être plus attentif au choix de vie de chacun et à ses facultés
d’adaptation. Il faut mettre l’accent sur l’intégration scolaire, professionnelle
et sociale.” Comme si les professionnels ne le savaient pas
et ne le mesuraient pas au quotidien de leurs pratiques. Une vraie langue de bois de la part de la secrétaire
d’Etat aux personnes handicapées, puisque c’est justement la carence de
places adaptées pourvues de personnels qualifiés qui empêche le travail
de soin pouvant aide certains de ces handicapés à évoluer vers une possible
vie sociale. Le discours d’Etat est d’autant plus violent qu’il demande,
sans moyens, aux professionnels de porter la responsabilité d’une intégration
scolaire et professionnelle, alors que le chômage s’accroît, que les moyens
scolaires sont diminués et que nombres d’exclus sont de plus en plus criminalisés
dans leurs pratiques de survie (LSQ - loi de Sécurité Quotidienne du gouvernement
Jospin, LSI - Loi de Sécurité Intérieure - gouvernement Raffarin/Sarkozy). On nous demande, de tout faire, avec moins
de personnels, moins de formation, plus de demandes, plus de responsabilités. Plus de responsabilités, mais du pouvoir en
moins puisque nos avis, messages d’alertes, demandes correspondant à des
besoins réels ne sont pas pris en compte et n’offrent aucun débouchés
décisionnels et institutionnels. Il est difficile de continuer à croire en l’incapacité
des technocrates à comprendre les réalités de terrain, incapacité qui
les conduiraient malgré une bonne volonté qui ne pourrait être remise
en cause à faire de nombreuses erreurs depuis de nombreuses années politiques.
Ah! il faut tout leur expliquer ces technocrates! En bien non! Il ne faut
pas les prendre pour des imbéciles ces technocrates, une telle accumulation
d’erreurs et de non sens est suspecte et ne peut s’expliquer seulement
par la complexité de l’organisation administrative dans les ministères,
il y a une volonté fort bien agie de détruire l’outil de soin et de tourner
ce qu’il en reste vers une soumission à des missions ordonnées qui ne
sont pas les siennes. Les
pouvoirs dominants veulent faire rentrer la psychiatrie dans le dispositif
du contrôle social et de la répression et non plus dans celui de sa capacité
soignante. Les tutelles technocratiques
au service de L'Etat et des intérêts grands patronaux, ont le pouvoir
en ce domaine. Le pouvoir de supprimer, de bloquer, de compliquer, mais
aucune responsabilité - légale - en ce qui concerne les conséquences.
Les responsabilités juridiques seront portées par des soignants dépossédés
de tout pouvoir. Il semble difficile dés lors de cogérer le système
sans que la situation ne s’aggrave encore plus et sans que cette fois
à juste titre les soignants cogestionnaires n’en portent la co-responsabilité.
Si nous
voulons rester dans une perspective de soins, une rupture est inévitable
sinon souhaitable. Rupture au coeur de l’appareil de cogestion paritaire
qui réunit ceux qui exécutent le pouvoir sans porter aucune responsabilité
(et là est leur vraie culpabilité politique) et ceux qui portent toutes
les responsabilités sans aucun autre pouvoir que de cogérer un système
qui les engloutit d’années en années! Inverser la tendance
? Pour une rupture opérationnelle, la responsabilité
professionnelle peut-elle être une arme? La signature médicale engage
une responsabilité, laquelle peut se situer dans le refus de cautionner
l’application de mesures s’opposant à l’intérêt sanitaire. Elle peut aussi
indiquer les mesures sanitaires qu’il conviendrait de prendre. Faudrait-il
encore savoir ce que nous voulons vraiment... et ce que nous pouvons et
voulons faire ou ne pas faire du point de vue des soins en psychiatrie
publique. Ainsi, qu’une directive politique tente de
nous faire porter la responsabilité du suivi des criminels sexuels, et
de leurs récidives pendant le suivi, et nous devrons signaler les limites
de la portée de nos actions sur chacun des écrits que nous aurons à fournir,
puisque nous savons que nous ne pouvons modifier une personnalité perverse
voire psychopathique. Lorsque
les médecins dépendront de pouvoirs locaux pour leurs places et émoluments,
ils seront beaucoup plus dociles et prendrons les décisions qu’on leur
demandera de prendre tout en assumant la responsabilité des risques. Ceux qui feront valoir publiquement leur engagement
pour ne pas avoir à cautionner telle ou telle mission demandée, pourront
se faire licencier ou muter pour se voir remplacés par ceux dont le profil
psychologique se montrera conforme
aux enjeux locaux. Il est
donc important que les professionnels de santé sachent se retrouver collectivement
afin d’élaborer autour des limites du possible de leurs interventions
sanitaires, à la lumière des évolutions cliniques contemporaines. Ce qui
est du ressort des soins et ce qui ne l’est pas, ce qui rend les soins
nécessaires et indispensables. Si les
différentes professions de santé en
psychiatrie ont pu subir durant ces dernières années tant de perte en
matière de moyens, véritable gaspillage des acquis du passé, c’est aussi
parce qu’elle n’ont pas su se regrouper d’un point de vue syndical autour
de la nécessité de réfléchir sur l’outil de travail et donc, aussi, de l’évolution de la clinique. Et
c’est pour cela aujourd’hui que tout semble nous échapper sans que l’on
parvienne à opposer un discours fort sur nos missions définies comme nous
l’entendons. L’hôpital et l’accueil, comme hospitalité sanitaire
sont en perte de capacité à répondre à cette demande essentielle de rester
“la base de replis” qui permet aux personnes fragilisée de retrouver leurs
forces, de remonter la pente, de se repositionner, pour ensuite se redéployer
dans la vie quotidienne, à l’extérieur, quant ils le pourront. Et dotées de prothèses psychothérapeutiques
s’il le faut. Les lieux de soins doivent rester pour tous ceux et celles
qui en ont besoin, quels que soient leurs moyens financiers, le “sanctuaire”
public de leur santé, au sein duquel ils peuvent reconstituer leur intimité,
leur sérénité. De la même façon les gens victimes et fragilisées par de rudes “stress” ont encore
un dernier recours, l’arrêt de travail, la maladie, le handicap reconnu.
Mais il est déjà perceptible que ces outils d’ultime protection dans un
univers qui peut s’avérer destructeur, sont menacés eux aussi, par les
intérêt dominants qui ne servent que leur profit. On prétextera sans doute que les gens malades
le font exprès, du moins, curieusement, quant ils ne sont couverts d’aucunes
capacité financière. Avec la décentralisation, et bientôt la réforme
de la sécurité sociale, le risque est de permettre l’accés aux soins uniquement
à ceux qui peuvent individuellement ou collectivement encore les payer
et non plus d’avoir la volonté politique de pouvoir couvrir sanitairement
tous ceux qui en ont besoin. Il est
vrai que la banque mondiale veut donner le monopole de la protection sociale
et des retraites aux assurances privées ! Éliminer doucement les inutiles par l’exclusion
au nom d’une liberté fallacieuse, réprimer et neutraliser les nuisibles.
Pour ces derniers il faut encore
des lieux d’exclusion dans l’enfermement. La médecine n’a plus à réparer
les travailleurs devenus inessentiels au processus productif et distributif,
dés lors qu’ils ne sont même plus des consommateurs intéressants.
Nous ne somme plus dans un processus de plein emploi, mais dans un processus
de suppressions d’emplois. La nécessité de couvrir sanitairement tout
le monde disparaît, lorsque le profit accumulé est la seule mesure de
la politique. Des gens en trop, certes existant dans un système
de consommation à minima, mais trop coûteux vis à vis de ce qu’ils peuvent
rapporter. La tentation est grande de ne plus couvrir
leurs besoins. Et si l’on maintient une CMU, de droit formel , elle deviendra
bientôt un droit virtuel vu la déstructuration de la capacité soignante,
car la réponse adaptée ne sera de toute façon plus matériellement possible.
De facto, une façon d’éliminer hors des soins toute une catégorie de personnes. Plutôt que de partager les fruits du progrès,
et ainsi risquer à terme une remise en question de leurs privilèges, les
maîtres du jeu politique et économique préfèrent l’élimination de ceux
et celles qui ne leur servent plus à rien d’autres que de constituer un
réservoir d’insécurités et de peurs, ressource première la plus intéressante
pour celui qui vit confortablement
des bénéfices du business sécuritaire... Logique convergente de l’économie fondée
sur l’unique mesure de la rentabilité, ou bien processus délibéré ? Difficile
de le discerner dans ce chaos, mais de toute façon, le résultat, nuisible,
est le même. Évidement la souffrance psychique non soignée
peut faire apparaître des désordres
graves sur la voie publique, et parfois médiatiquement spectaculaires,
mais suffisamment minoritaires du point de vue statistique pour justifier
la nécessité d’un investissement public à la hauteur. Sans doute le prix
sacrificiel que le système préfère faire payer aux autres, car moins coûteux
du point de vue de la logique marchande actuelle, même si il y a des victimes
innocentes et étrangères au processus morbide d’un individu en souffrance
exclu lui-même de la possibilité des soins. Tout le monde aura en tête, la fusillade de
la mairie de Nanterre (92) qui aura eu lieu au coeur d’un milieu associatif
et militant gauchisant et pluriel ignorant tout d’une culture de la psychiatrie
inexistante depuis des années sur ce secteur. Les
services d’hospitalisation en psychiatrie lors qu’ils le peuvent, sont
encore ici et là, des lieux d’accueil
ouverts et à l’écoute, permettant de “se mettre entre
parenthèse”, même si l’on ne possède rien. Dans ce cas, ils ne
sont plus ces lieux d’enfermement, de neutralisation, voire d’anéantissement, même s’il a fallu parfois décider de l’hospitalisation
dans l’instant et à la place de la personne.. De nos jours, c’est l’extérieur qui fait peur.
L’extérieur n’est un espace libre qu’à partir du moment où une personne
y est autorisée, car non recherchée, pourvue de papiers et diverses autorisations
en règle, et surtout disposant d’un revenu accessible lui permettant d’acceder
à minima à ses besoins fondamentaux. Des lors qu’une personne n’est plus pourvue
de ces attributs, l’espace “libre” devient un enfer, un espace d’exclusion
et d’anéantissement dont on ne peut s’échapper qu’à condition de retrouver
les attributs minimaux permettant d’y circuler. Nous ne somme plus comme autrefois, où il fallait
enfermer pour anéantir, le dehors restant toujours le lieu de tous les
libres possibles, y compris de prendre la “clef des champs”, de traverser
une frontière pour y refaire sa vie... Si autrefois, il fallait attraper et enfermer
pour éliminer, c’est parce qu’en dehors des lieux de rétention et de relégation,
il existait de vrai espaces de liberté. La lutte contre la liberté était
affaire d’enfermement. Elle l’est encore lorsqu’il s’agit de gens
non autorisés mais disposant d’argent, comme on le voit avec les centre
de rétention des sans papiers, elle l’est encore quant ils s’agit de réprimer
ceux et celles qui sont considérées comme nuisibles, d’une façon ou d’une
autre. Mais aujourd’hui presque tous les espaces dépendent
de cette logique marchande capitaliste qui fait qu’une personne, sans
argent, sans autorisation, sans papiers, n’est plus rien qu’une errance,
contrastant douloureusement avec l’apparente liberté de ceux qui disposent
encore de leurs papiers, de leurs autorisations d’être ici ou là, et d’un revenu financier. Seule libération possible
d’un monde ou le dehors c’est l’exclusion et l’élimination. A moins que
l’on envisage la question sous l’angle du Politique, c’est là encore un
processus d’ordre totalitaire, sur lequel il semble difficile d’avoir
prise... Rien d’étonnant qu’à part les luttes contre
les licenciements, ce qui se développe
depuis quelques années, ce sont les luttes contre la précarité, celles
des sans papiers, des sans abris
et des chômeurs demandant du “ fric pour vivre” et de la gratuité, bref
des droits à l’existence. Question politique de la valeur à conventionner,
plus que véritable question économique, dans un monde où “1800
milliards de dollars circulent chaque jour sur le marché des changes.
Seuls quelques pour-cent de ces transactions servent au fonctionnement
de l’économie “réelle”, c’est à dire à celle qui crée des biens et des
services, des investissements et des emplois: le volume annuel des échanges
mondiaux de biens et de services s’élève à 6000 milliards de dollars,
soit moins de quatre jours de spéculation!” La psychiatrie va-t-elle se soumettre
à l’ordre d’un contrôle social normatif qui sur-détermine l’exclusion
de ceux dont le processus “économique” n’a plus besoin ou bien va-t-elle
se positionner pour le maintien et le développement de ses outils essentiels
afin de répondre comme processus de soin à la souffrance psychique ? Comme
nous pouvions le craindre, l’application de la RTT dans les hôpitaux ne
fut pas opportune. Dans la mesure du
manque de moyens en terme de personnels formés, l’application de cette
RTT fragilise l’institution du service public déjà bien à mal. Peut-être, d’ailleurs, était-ce le but recherché
? Avec ces RTT qui ne peuvent être prises dans les temps, pour raison
de service, et le rallongement de la durée de travail avant la retraite,
si l’on fait les comptes d’une réelle diminution globale du temps de travail,
trouvez l’erreur! l Alors
“un bon tiens, valant mieux que deux tu l’auras”, mieux vaut quant
cela est possible prendre ces RTT, même lorsque l’on sait que le travail
qui n’est pas fait pendant ces journées de RTT devra de toute façon être
accompli, par ceux qui les ont prises. Peut-être une opportunité pour réfléchir autrement,
institutionnellement et inter- professionnellement, sur l’organisation
du travail face à l’augmentation de la demande, la diminution des moyens
. Toujours est-t-il que le travail à rattraper
lors des jours de présence rend plus difficile le fait de trouver des
temps de réflexion destinés à faire face à ces nouvelles situations tant
administratives que cliniques et c’est en cela que réside aussi le risque
de perdre tout contrôle de notre outil de soin et de n’avoir plus qu’à
subir une forme nouvelle de la psychiatrie et de la santé qui s’oppose
en tout point à la pratique du service public. Il y a de toute façon avec l’AGCS, Accord général
du commerce et des Services, dans lequel nous ont engagés les politiciens
élus, une mise en place de la destruction programmée du service public,
dans la santé, comme dans l’Education nationale - entre autres - et, les
difficultés rencontrées dans le travail n’en sont pas moins opportunes
pour accélérer ce démantèlement, qui avec la régionalisation et la réforme
de la sécurité sociale, arrive à grand pas. La soumission au marché de tous les actes
soignants du service public, ne doit-elle pas nous faire refuser le PMSI,
comme outil rendant possible à terme le paiement à l’acte dans le service
“public” ? A moins qu’un grand mouvement de refus radical
de cette orientation se développe et sache peser de tout son poids. Mais...
sur quelles bases et par quelles modalités? Force est de constater depuis de nombreuses
années, que les centrales syndicales dites représentatives qu’elles soient
générales ou corporatistes médicales (psychiatres hospitaliers ici) n’ont
rien pu faire pour enrayer un processus qu’ils ont d’ailleurs cogérés
dans une culture faussement “débonnaire” du paritarisme. La cogestion paritaire porte donc aussi une
responsabilité dans la destruction du service public. L’administration
a su, mettre en rivalité, médecins et autres catégories du personnel,
d’une part, en soutenant démagogiquement une lutte contre un pouvoir médical
qui n’existait déjà plus au delà de sa prise de risque (responsabilité
médicale), alors que se développait le véritable pouvoir tentaculaire
irresponsable, technocratique et administratif, lui même mis sous tutelle
avec le plan Juppé et l’ARH.. Les syndicats de psychiatres, au delà de leurs
rivalités internes, reflets d’intérêts divergents, n’ont pas été en mesure
de soutenir concrètement le refus de la destruction de l’outil de soin,
comme par exemple la fin du diplôme infirmier psychiatrique (Destruction
programmée pour nécessité d’harmonisation inclue dans le traité de Maastricht)
(3). Protestations de principes et très peu d’engagement sur le terrain.
A part quelques individualités. Les syndicats médicaux, et les autres,
n’ont pas pu voir que derrière leur désir
légitime d’en finir avec les conditions asilaires, la destruction du nombre
de lits annonçait la fin du droit d’asile pour les patients les plus nécessiteux. Les uns comme les autres, syndicats généraux
et médicaux, n’ont pu enrayer le développement de l’emploi précaire dans
le service public, en luttant plus pour l’embauche et la titularisation.
Ce qui aurait renforcé, par la reconnaissance de la valeur des statuts
et des personnels sans statuts (qu’ils ont pourtant su faire travailler),
la capacité collective à penser l’outil public de soin, à le défendre,
tout en défendant les conditions de travail. Au delà des coups de pouces individuels, c’est
une position politique qu’il aurait fallu soutenir. La flexibilité, dans maints endroits s’est développée,
avec des sortes d’agences d’interim intérieures au système, mais mettant
en péril la continuité possible des soins qui est le minimum pour ceux
qui en ont besoin d’une façon vitale. Le résultat en est aujourd’hui la fragilité
extrême de l’outil de service public, l’épuisement des personnels. L’aspect minimaliste du syndicalisme aura tout
de même été respecté pour la défense des plans de carrière des personnels
déjà titulaires, mais avec trop
peu de réflexion sur l’évolution de la clinique et de l’outil de soin,
avec trop peu de réflexion critique sur l’évolution de la société, de
la politique. Un syndicalisme, en somme verticaliste, hiérarchique
et corporatiste, cogestionnaire et paritaire, développant une culture élective entre la “classe”
des hiérarques d’Etat et celle des travailleurs, qui n’aura, sans rupture,
pu bloquer le processus d’anéantissement
du sujet, en cogérant la destruction du tissus social et
l’anomie. Le temps perdu ne se rattrape pas et la reconstruction,
suite à ce gaspillage historique, sera longue et difficile. Il va être difficile d’enrayer la machine
qui mène à la fin du secteur, à la régionalisation et à la fin de l’indépendance professionnelle.
Que
faire contre cette médecine à plusieurs vitesses qui exclura des soins,
les plus démunis, plus encore qu’elle ne le fait déjà ? Il
faudra pour cela que des instances se créent, à la base, à l’intérieur
des équipes, comme à l’extérieur, hors de toute cogestion, de tout paritarisme. des instances inter-corporatives
ou plutôt inter-professionnelles, pour qu’elles encouragent la réflexion
critique, clinique, sur l’outil de soin, l’élaboration d’une politique
de service public, tout en défendant
les droits de ceux qui travaillent au maintien de ce service dans le respects
des droits des patients, (qu’ils soient para-médicaux, sanitaires, filière
hôtelière, médicaux, assistants sociaux, psychologues, personnel technique
et administratif de base.) Il
n’est plus possible aujourd’hui de séparer les réflexions sur la clinique
et les soins, et, la défense de l’outil de soin au travers, par exemple
de l’exigence de la titularisation des précaires. Il
y a de la place aujourd’hui pour développer de telles instances syndicales
nouvelles, à la base, lesquels au travers d’un inter-corporatisme s’articulant
sur les prise de responsabilités réelles et juridiques (vis à vis des
autres secteurs de l’activité humaine),
pourront construire aussi avec les associations de patients, d’usagers
de la psychiatrie, de proches, mais aussi de part un internationalisme
agir avec nos homologues étrangers... _____________________________________________ (1) La situation aurait pu évoluer après le drame de Pau, fin 2004, mais mes
médias ont choisi de renforcer un discours sécuritaire plutôt que de faire
connaître les préoccupations et revendications des personnels qui depuis
des années dénoncent l’involution du système sanitaire... (2) Ce texte fut écrit en Mai 2003, au début du projet hôpital 2007, il semble
que le demain qui y est exprimé soit désormais aujourd’hui (2005), puisque
la remise en cause du statut de praticien hospitalier (PH) en est, malgré
les manifestations de désapprobation d’un grand nombre de PH, l’application
actuelle. Des PH nommés et licenciables par les directions, mutables vers
des lieux imposés. de quoi placer les PH entre le marteau administratif
et l’enclume de la responsabilité juridique. La perte d’une indépendance
professionnelle, extrêmement préjudiciable aux patients, qui à terme fera
fuir les PH vers le privé, précipitant alors le secteur public vers l’anéantissement.
Un objectif d’Etat au service des puissances financières à peine voilé
? (3) Voilà ce qui le 29 Mai 2005, aura incité fortement de nombreux infirmiers
psychiatriques, déjà initiés, à voter Non au référendum sur le traité
constitutionnel. |