Psychiatrie: Une nouvelle Légalité
hors la Loi ?
Nicolas Sarkozy, après le drame de Grenoble, en a profité
pour stigmatiser la figure du malade mental forcément dangereux
pour orienter et assujetir la psychiatrie publique au service de sa
vision du sécuritaire. C'était en Décembre 2008.
Fidèle à sa façon de gouverner: assujetir plus
grand nombre en utilisant la sur-médiatisation d'un drame exceptionnel.
par voie de circulaires confidentielles, il a ordonné aux préfectures
le fait de tenir moins compte des avis des médecins hospitaliers
en matière de levée d'internement ou de congés
d'essai. Ainsi, contre l'avis des médecins hospitaliers, de nombreux
malades restent hospitalisés de par l'obstruction des préfectures
anticipant de toute façon la pensée du Maître. Et
pourtant les malades mentaux sont rarement impliqués dans des
affaires de meurtres en regard du nombre de meurtres. Ils sont par contre
bien plus souvent victimes d'agression que les non malades et encore
bien plus souvent victimes de vols.
Au mois de Février 2009, un rapport officiel est publié,
le rapport Couty. Sur une soixantaine e pages, seules quatre pages sont
importantes. Elles annoncent la création du dispensaire d'hygiène
sociale et mentale type années 2O, rebaptisé Groupement
local de coopération, devant se substituer à la psychiatrie
de secteur issus d'une histoire de plus de 50 ans. La psychiatrie publique
serait seulement hospitalière (avec médecins soumis au
directeur, lui même soumis à l'ARS, en échange de
quoi on propose au médecin de redevenir le supérieur hiérarchique
de l'infirmier)). Le secteur extra hospitalier, ses CMP, CATTP, Hôpitaux
de jour, disparaît au profit de ces énigmatiques GLC. Les
GLC, soumis au pouvoir local, n'aura plus l'indépendance qu'avaient
les CMP vis à vis de ces pouvoirs. Associatifs, voire privés,
ils chercheraient investisseurs, pour rentabiliser un marché
de malades psycho-sociaux. tandis que l'hôpital enfermerait les
"déviants" dans un but de normalisation. Les vrais
malades de psychiatrie, eux, non rentables, non dangereux pour l'écrasante
majorité d'entre eux, n'auraient plus qu'à mourir dans
la rue.
Le rapport Couty est issus d'une commission lancée en juillet
2008. plusieurs psychiatres hospitaliers, très favorables au
secteur, ont travaillé dans cette commission. Mais lorsque ce
rapport a été publié, aucun des avis des psychiatres
n'avait été retenu. Le secteur était voué
à disparaître. Les noms des psychiatres ayant participé
à cette commission étaient par contre cités. C'est
une véritable forfaiture que ce rapport, qui va servir de base
à des amendements chargés de constituer le volet psychiatrie
de la loi Bachelot dite HPST (Hôpital - Patient - Santé
- Territoire), véritable entreprise de démolition de l'hôpital
public au détriment des usagers.
A moins que ce rapport serve à élaborer des décrets,
mais c'est peu probable. Du coup cela fait quelques semaines que la
loi Bachelot a été voté au pas de charge. Il ne
reste plus que le sénat. Et quelques amendements pour assujetir
la psychiatrie publique au détriment de l'intérêt
des usagers.
Il y a naturellement une grogne qui s'organise pour la psychiatrie publique,
soutenue par l'écrasante majorité de la profession. Pétitions,
appel des appels, appel contre la nuit sécuritaire, meetings.
Plus de 23 000 signatures et cela continue. Des collectifs se montent
sur différents hôpitaux et les instances de gestion des
hôpitaux commencent à prendre ouvertement position contre
la loi Bachelot, le rapport Couty, la vision Sarkozyste d'une psychiatrie
sécuritaire. C'est une sédition qui s'organise. Instances
institutionnelles de psychiatrie publique antagoniques au pouvoir politique.
Mais jusqu'où cela ira-t-il ? Combien de soignants s'impliqueront-ils
? Pour le moment cela monte, cela monte. Un moratoire d'un an est demandé.
En admettant que cela ne soit pas accepté, ou qu'au terme des
un an, le pouvoir politique passe en force contre l'avis de l'autorité
médicale, que se passera-t-il ?
Là est toute la question. Les médecins hospitaliers, et
en particuliers les psychiatres ont toujours été très
légalistes. Leur attachement à la loi, venait de leur
position de missionnés, mais pas seulement. Ils tenaient pour
important et structurant la référence à la Loi
éthique, à la Loi symbolique. Jusque là, il y avait,
depuis 40 ans un progrès de fait que la légalité
couvrait la Loi éthique et pouvait la servir. Désormais
avec le rapport Couty, la Gouvernance Sarkozyste et la loi Bachelot,
une séparation nette, une divergence, une contradiction fondamentale,
entre la loi symbolique et la légalité va voir le jour.
Toute la question est de savoir quelle loi suivront les médecins
hospitaliers et en particuliers les psychiatres ? Soit par excroissance
de surmoi archaïque la légalité contre la Loi symbolique,
soit la Loi contre une légalité perverse. Dans les deux
cas, il y aura désobéissance soit à la légalité,
soit à la Loi.
Désormais, ils doivent envisager l'organisation de la désobéissance,
c'est à dire du refus et du sabotage de l'application de la nouvelle
légalité, au niveau de tous les centre hospitaliers coordonnés.
Désobéir à la légalité hors la Loi,
pour mieux obéir à la Loi.
Obéir à la LOI, aujourd'hui passe par la désobéissance
à la législation perverse, fallacieuse et pseudo-démocratique
du pouvoir politique.
Mais dans les faits, nous verrons comment ils s'organisent et au final
quelle loi sera suivie...
A suivre
Le Cardinal