La ballade de nulle part chapitre 1

Retour au sommaire Raoul TEVES

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La ballade de nulle part chapitre 1


Pierrot traversa la rue Blanche, sa tête complètement vide. Des pensées l’avaient traversé de tous les côtés. Son désir de vivre, d’agir, de rechercher, était éventé.
Il souffrait d’une névrose depuis l’adolescence, il en avait conscience.
Toute la journée il marchait, rêvait, pour à la fin se noyer la tête devant la « télé ».
Un jour qu’il cherchait du travail pour alimenter ses revenus, il rencontra un vieux zonard. Le personnage avait peut être cinquante ans, et ressemblait à ces étranges gravures romantiques.
Son manteau était immense et il était couvert d’une dizaine de pulls.
Ses godillots percés avaient l’air de la dernière guerre. Il lui demanda de lui payer un coup de blanc. Pierrot lui donna ce verre un peur par désespoir. Le vieux lui raconta qu’il était peintre. Des tics le torturaient. Il lui demanda de l’héberger. Pierrot fut hésitant, mais il céda. Il le coucha dans sa cave et lui donna un sommier de sa mère. Dédé apporta des valises, des sales documents, et des objets bizarres. Il installa des boîtes de conserve sur les étagères.
Il remplit sa bassine d’eau. Il répétait à Pierrot qui le regardait hagard : « Tu sais, tu peux m’appeler Dédé ? …. »
Il n’y avait pas de différence. Un jour, il lui fourgua un vieux téléviseur….
Respect. Ils balbutient….
Dédé était maintenant installé, il s’était permis des travaux.
Il y avait du dallage, du papier peint, des néons, en tous deux espaces dans sa vieille cave.
Il arrivait à Pierrot d’y passer des après midi. Il regardait le poste de télé. Dédé avait trouvé du boulot sur un marché. Il était neuf en vêtements.
Et il trinquait deux bouteilles pour un jour.
Pierrot s’interroge. Mais la vie prenait son habitude.
Car lui, avait trouvé du travail dans un bureau. C’était fini pour geindre. Il voulait une fille. Quand il en accrochait une, elle le jetait comme un salop. Il n’avait pas l’impression d’exister.
Devant la glace, ciseaux à la main voir ce qu’il fallait couper pour être un « beau ». Branlette au pieu. L’individu lui avait dit « beau gosse » au café. Rien dire çà voulait, çà changeait un jour. Original il était narcissique ? Idiot ? – homme extraordinaire qui se retrouvait seul.
Furieux du père qui lui arrangeait une chose : « Et les gonzesses ?... ».
Il partit vers Etretat. Dans un hôtel minable loin de l’eau.
Une gare de village dans la nuit. « C’est pas vrai !...tête de con, va… ».
Il campa dans un lieu nommé : « Il était une fois la Middle Class. » Comparable à d’autres.
Il descendit plusieurs whiskies mélancoliques. L’angoisse passant pas. Il dansa comme un fou. Il rencontra un beau mâle, vingt ans, soigné, il se mit à rire.
Il éclata. Pierrot le regarda d’un air idiot et lui dit : »Pas de mal ? », Mais le jeune dandy s’en remit d’un sourire gonflé. « Un drink » fit le signe. Pierrot s’entendant dans la désespérance physique, ne dit pas « non » : je m’appelle Jean. Il avait l’air très cultivé. Un discours décousu l’amenait à Debussy et à la Mer. Il était psychotique, insolite, ça plu. Il écoutait l’autre.
En deux heures de palabres, ils se donnèrent un rendez vous à demain.
Et le jour était sec et frais. Pas de mois de février trop senti.
Pierrot arriva en avance. Il marchait en contemplant l’étrangeté.
Elle était « rugueuse », bien sûr un sable glacé donnait de drôles de particules…

R.T. 09
Chapitre 1 de « La ballade de nulle part » 1983