Antichambre de mon épopée psychiâtrique

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Claire GABRIELE LUSATO MIMOUNI

Extrait du Manuscrit: "De l'Ecole à l'Asile"   

 Antichambre de mon épopée psychiâtrique:

Voici en vrac quelques faits de mon enfance susceptibles d'éclairer mes mésaventures qui m'ont conduite à l'asile deux fois dans ma vie.. J'ai passé la plus grande partie de ma vie, de ma jeunesse,entre l’école et l'Asile...

Premier fait: Pendant la récréation au cours préparatoire, je m'étais,sans que je sache pourquoi attirés l'inimitié des copines de classe:

Elles me rejetaient violemment par ces mots “folle! folle! Tu n'es qu'une folle!”

Cela m'avait terrorisée, car ma Mère avait acquis cette réputation infâmante, du fait qu’elle subissait régulièrement des électrochocs, et qu’elle avait un comportement qui sortait des rails communément acceptés...

A Tunis, en I950, date de ma naissance,où le qu'en dira-t-on régnait en maître souverain.

Deuxième fait:

Quand j’étais petite fille, je ne voulais pas être une femme “féminine” et frivole, alors que j’avais tout en principe pour être coquette et plaire..

Je voulais être un garçon, J'enviais les garçons...

J'avais délibérément fait couper ma chevelure, qui était magnifique..

Et j’étais très contente quand on me prenait pour un boy...

Je copiais les manières des garçons, je voulais faire du judo et éclipser mon frère...

Une psychologue, beaucoup plus tard, en m'écoutant dans son cabinet a perçu qu’il y avait en moi un certain refus de la féminité.. Je refusais aussi le côté maternel de la femme, je détestais et jalousais les bébés, je leur en voulais d'être les chouchous des grandes personnes..

Troisième fait:

J'ai toujours eu la tendance à vouloir me singulariser.

Pas question pour moi, dès mon enfance, de "faire comme tout le monde”, et dans les lieux les plus solennels, les plus respectables je me comportais comme si j’étais chez moi spontanément et sainement du reste. Je ne comprenais pas a priori comment faisaient les petites filles de mon âge pour se comporter d'instinct suivant la norme sociale établie, les conventions, la bienséance etc...

Quatrième fait:

Depuis petite, j’ai toujours été attirée par ceux et celles qui font tout le contraire de ce qu'il faut faire, les fous, les illuminés, les hérétiques, les apostats, les hors-la-loi, les anticonformistes, les farfelus, et les bandits aussi.. Tout ce qui est insolite, pittoresque, et qui dérange le train train établi et admis... La première fois que ma tante m'a amenée au théâtre j’ai tout de suite voulu être une artiste, une vedette moi aussi et j’ai bondi sur la scène spontanément, à la fin du spectacle pour me faire remarquer.. En plus je trouvais artificiel et absurde le geste d'applaudir à la fin du spectacle... J'avais honte de devoir suivre le mouvement général collectif et de taper des mains comme un âne synchronisé avec les autres ânes... D'après ma tante, ce genre de sentiment du fait de sa rupture avec les gestes établis, était signe “d'anormalité”,  de "cellules  à l'envers" ou bien comme a pu dire plus tard le Docteur Amoroso, J'aurais l'hémisphère gauche à la place de l'hémisphère droit”...

Pour moi le fou souffre
dans un monde de gens normaux
Et le bonheur des gens normaux
m'a toujours semblé plus tiède
que celui des fous, quand les fous
atteignent le bonheur...

Monsieur Saragossi, psychologue  moitié névrosé, âne cartésien jugeant la Femme supérieure à l'Homme, m'a conseillée et poussée à écrire ce présent bouquin...

Claire Gabriele
(une folle en bonne santé
échappée des griffes des psy)