Mes séjours en Hôpital Psychiâtrique

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Claire GABRIELE LUSATO MIMOUNI

Extraits du Manuscrit: "Le Goulag Libertaire" Chapitre 26

Mes séjours en Hôpital Psychiâtrique

J'en ai effectué deux en tout ai-je dit.. Le premier, je le fis à cause de Ni Dieu Ni Maître,et du passage de la sphère du normal à la sphère révolutionnaire.Ce premier séjour fut régulier, sans emploi de la force policière. Le second, je le fis à cause d'un article sur Faurisson qui avait paru dans la Tribune des Athées. J'avais attaqué Robert Faurisson dans son révisionnisme négateur des chambres à gaz et du génocide Juif. Aussitôt que l'article avait paru, je paniquais, je me mis à craindre des représailles de la part de Faurisson et peu à peu je sombrai dans le délire paranoïaque de persécution. Cela me conduisit une seconde fois en Hôpital Psychiâtrique: ce fut fait également sans contrainte policière, normalement, régulièrement. Ma tante me conduisit là-bas elle-même. Je ne rouspétais pas, je n'allais pas bien, je me sentais toute morcelée de la tête aux pieds. Je ne me révoltais donc pas contre la Psychiâtrie. Ce n'était pas encore le moment. Le tragique séjour par contre eut lieu sur demande signée de 47 personnes qui voulaient que je quitte le logis où j'habitais et que je sois soignée. Je vais détailler ce qui s'est passé ce fut scandaleux. Lorsque j'habitais "Le Sémiramis" j'ai eu à un moment donné la visite de deux respectables représentantes du Centre Psychiâtrique rue Joffre à Nice. J'étais surprise mais je les accueillais correctement. Je ne me souviens pas des détails de ce qui a été dit, bien peu de choses. Elles se retirèrent en me laissant un petit carton par lequel j'étais invitée à me présenter au Centre Joffre par le Docteur de Service. J'étais intriguée et me demandais pourquoi. Une parenthèse s'impose :

Le voisinage, c'est à dire les deux occupants du Studio du rez-de-chaussée, lesquels avaient une grande terrasse, étaient très bruyants et me faisaient la vie pénible. Une famille de Nord-Africains avec plusieurs enfants en bas âge et des occupants saisonniers qui faisaient de la musique et de grands rires jusqu'à une heure avancée de la nuit. Je leur avais demandé gentiment d'arrêter ce bruit, ils me répondirent en me faisant la grimace. J'ai réagi

en jetant mes petits plastiques contenant des ordures sur leur terrasse pendant leur absence. J'ai aussi tagué trois portes de service que ma tante s'est empressée de venir nettoyer dès qu'elle l’a su, et la porte de la voisine d’en bas. J'ai aussi jeté parmi mes ordures une petite canette de bière vide, qui ne s'est même pas cassée en arrivant en bas venant du premier étage où j'habitais. Un petit étage de deux  mètres. A ce propos ma tante est venue s'excuser auprès de la famille nombreuse, et la femme lui a dit à ce propos :                                - Oui quand nous sommes rentrés (car ils étaient sortis) nous avons vu cette petite bouteille au fond de la Cour. Heureusement nous n'étions pas là “

Je comptais aller à la convocation de Joffre mais le moment venu, je le ressentais de plus en plus comme importun. Ma tante y étant allée, avait obtenu de prendre un autre rendez-vous.

A cette entrevue, je me souviens que la décision arbitraire avait été prise par le Docteur en question. Il n’y a pas eu de questionnaire et de remise en question du contenu de la plainte des voisins.

A ce jour, je ne sais toujours pas ce qui justifie aux yeux du Docteur une hospitalisation d’office, qui avait eu lieu deux mois après.

Voici les faits...

      Étant à la recherche d'un autre logement, je m'étais rendue au bureau d'Assistante Sociale de la rue Renoir. Là, il me fut dit qu'il y avait des jours de réception pou y voir une Assistante Sociale qui s'occuperait de moi. J'y allais et à un moment donné un petit instant après, je vis plusieurs policiers entrer au Bureau et aussitôt, les agents de Bureau et Assistante étaient venus dire aux policiers :  oui, oui, elle a besoin d'être soignée. Je vis aussi un visage à l'expression méchante qui m'a ait fait peur. Les policiers me sommèrent de les suivre. Je n'avais rien fait de mal. Comment et pourquoi ces policiers étaient-ils là? Était-ce un ordre transmis à ce Bureau d'une Administration à l'autre acte abusif non motivé? Je fus obligée de les suivre la rue étant fermée par des ambulances. Ils me conduisirent au Poste de Commissariat de la rue Californie, Police Nationale. Un lieutenant de Police, une femme, m’assura que je sortirais de là libre. Cela m’avait semblé invraisemblable, vu le nombre de voiture policière devant la porte. J’étais angoissée ne sachant pas quel sort ils me réservaient sans aucune raison. J'avais peur de tous ces policiers et de ce qu'ils m'auraient infligé, je n'avais rien fait de mal, j'étais simplement dans un Bureau attendant mon tour.

     Un médecin arrive, que je ne connaissais pas du tout, qui signa un certificat pour me faire interner, alors que tous ceux-là ne m'adressaient même pas la parole, ni posèrent aucune question. C'est là que mon coeur s'affola vraiment, ne sachant quel sort m'était réservé. On me saisit par les bras et on me força à m'allonger sur un brancard, direction Pasteur au J 5. Je compris que je n'avais pas le droit de me défendre et encore moins de me révolter. Cela était injuste et révoltant. Ils avaient la force avec eux, qui leur donnait le droit de vie et de mort sur un individu quel qu'il soit, et même sans raison.

       Arrivée à Pasteur, au J5, je demandai de suite à téléphoner à ma tante pour qu’elle me tire de là. Mais ma tante qui vint de suite voir la situation, ne put que partir angoissée de ce qui m'arrivait. Elle n'avait pas

le pouvoir de me sortir de là. Mais ma tante, qui vint de suite voir la situation, ne put que partir angoissée de ce qui m’arrivait. Elle n’avait pas le pouvoir de me sortir de là, parce qu’il s’agissait d’un arrêté de Loi.

C’est là que j’ai ressenti la plus grande angoisse de ma vie. Celle de ne plus jamais retrouver ma liberté. Dans ma révolte de cet arrêté injuste et arbitraire, j'avais déchiré le premier envoi de l'arrêté. Puis je m'étais dit que me soumettre était peut-être le seul moyen d'aboutir à une solution meilleure. Je ne crois pas qu'il appartienne à une personne jugée malade à interner, de comprendre rapidement de devoir adopter une attitude de soumission pour solutionner son problème. C'est ce que je fis à ce moment-là.

      A Pasteur, à un moment donné, j'étais tellement choquée par tout ce qui se passait, que je fis un bras d'honneur aux employés. Immédiatement, on me saisit par les bras et on me conduisit dan une chambre à côté. On m'y ligota pieds et poings liés avec des courroies attachées au lit on me fit une piqûre et on me laissa seule.

     La porte était fermée à  clef. J'attendais la suite des événements. Cela m'inquiétait. Je voulais me libérer à tout prix. J'eus l'idée de secouer fortement le pied gauche. Cela fit desserrer la courroie en cuir et libérer d'elle mon pied gauche. Je fis pareil pour le pied droit et je le libérai également.

Je ne sais comment cela se fit par quel miracle, mais je parvins à sortir des courroies également mes poings droit et gauche et je me retrouvais dans ce lit, bras et jambes libérées sortis ¢complètement de leur gangue. Plus tard , des jeunes filles vinrent ouvrir la porte et me conduisirent dans une autre chambre. J'éprouvais une longue et infinie tristesse.

       A Pasteur c'était la promiscuité, hommes et femmes ensemble, dans une saleté, je dirais simplement inqualifiable des waters de toilettes extrêmement sales et puants en permanence avec un simple lavabo pour se laver le visage.

       Dès mes premiers jours de séjour et de traitement: on m’administra “250 gouttes de neuroleptiques par jour ". Dans ces toilettes je me lavais le visage et perdit connaissance. De ma chute, je me souviens tout juste avoir reçu un très fort coup au menton. Quand je repris connaissance, j'avais la chemise pleine de sang.

Il m’avait été fait trois points de suture.

Le traitement se poursuivit de la même manière, malgré que le docteur avait dit à ma tante qu’il allait diminuer le nombre de gouttes.

Dans mes prières je demandais que le transfert à Sainte Marie se fasse vite. Mais c'était la "mesure" qui faisait la Loi, et le diagnostic et les traitements aussi bien médicaux qu'humains auxquels je me voyais condamnée sans retour ni considération aucune avec les mauvais effets secondaires Ce que je craignais c'était la main-mise absolue de la Psychiâtrie sur ma vie ma santé et ma liberté. C'était de voir se prolonger à l'infini mon séjour dans ces endroits-là. C'était, même si je sortais un jour, de voir sur ma route, des entrées et sorties obligatoires de l'Hôpital, comme certains autres malades. C'était la hantise de ne jamais plus vivre chez moi avec mes petites affaires, mes vidéo-cassettes, mes tentatives de me raccrocher à la vie et, avec la camisole chimique, l'assurance de ne plus pouvoir tenir un crayon ou un pinceau en main correctement, tant cela me bloquait de l'intérieur. C'était me voir transformée en zombie disciplinée nourrie logée, grossie enlaidie et enflée comme un cochon pour que le Psychiâtre et tout son Personnel se sentent responsables de me soigner, à leur idée bien sûr. C'est difficile à expliquer. On insensibilise les malades à tel point que je n’ai jamais senti l’immense placard du cancer au sein que j’ai eu dans ce bel établissement, où l’on soigne avec ces neuroleptiques et leurs doses de cheval. Enfin j'ai quitté Pasteur et fut transférée à Sainte Marie. Aucune comparaison avec Pasteur, à tous points de vue (hygiène, nourriture etc..). Je ressentais cela comme une délivrance des mauvais traitements de cette porcherie de sale té jamais vue ailleurs. A Sainte Marie je me sentais relativement mieux. J’eus droit à une mensuelle piqûre d'Haldol Decanoas. Mais je craignais qu'on ne prolongeât mon séjour de façon illimitée. La santé de ma tante (qui venait me voir chaque jour régulièrement l'après midi) me préoccupait. Je craignais qu'elle ne claque, ou qu'elle meure pendant que je me trouvais hospitalisée. Je vivais ce séjour comme une incarcération, logée nourrie et engraissée, qui remplissait mon coeur d'angoisse. Cela, je ne l'ai jamais supporté. Je n'avais fait de mal à personne. Combien de fois j'étais allée vers le docteur et le coeur plein d'angoisse, le suppliais de me laisser sortir, car je ne comprenais pas cette captivité.

Bref, finalement, après diverses sorties d’essai, fut décidée ma sortie définitive. (*) Je fus trop contente de sortir de cette prison, où mon âme était captive et où j'ai tant pleuré et souffert, mais j'en récoltais un énorme cancer du sein et divers effets secondaires : j'ai grossi du tour de taille, mon nez ne cesse de couler, j'ai des éruptions de couperose, je ne puis tenir un crayon ou un pinceau normalement et j'éprouve le besoin de rester couchée du matin au soir.

    En ce moment même, j'ai dû faire un effort incommensurable pour arriver à écrire toutes ces pages. Le Zyprexa qui a remplacé l'Haldol en est la cause. Et pourtant, il faut bien que la vérité se fasse jour.

    Mes différents séjours en Hôpital Psychiâtrique ont tous une signification libertaire. J'ai subi la répression policière psychiâtrique et du Pouvoir. C'est ce que je cherche à faire valoir, face aux interprétations et aux verdicts médicalisants...