PRE-FRAGMENTS

supplément au N°3, Hiver 2002/2003
 


 

Les cornes du diable...?

 

   Une histoire a fait scandale dans la région Lyonnaise. Il s’agit de l’affiche (créée par Bruno Thierry) du prochain festival de Jazz de Vienne qui se tiendra  du 28 Juin au 13 Juillet 2003. Elle représente un nouveau né pourvu de cornes et d’oreilles pointues, tétant le sein d’une femme. Certains ont voulu y voire une affiche blasphématoire, la femme devenant la vierge Marie (noire dans cette région) et l’enfant, un petit Satan. Église catholique, militants de droite et d’extrême droite étaient montés au créneau pour dénoncer le “blasphème”.

Au conseil régional, l’UMP et Les Mégrétistes du MNR, avaient en effet, main dans la main, décidés de supprimer la subvention accordée chaque année au festival de Vienne, si l’affiche n’étaient pas retirée. Mais le tollé suscité par cette alliance  régionale UMP-MNR, a décidé l’UMP à revenir sur sa décision, laissant le MNR seul face à ses fantasmes ...

                             

Pachacamac (divinité cornue du Pérou)                      Herne

 

  L’auteur de l’affiche, comme les organisateurs ne comprenant pas cette comparaison qu’ils n’avaient pas faite eux-même,ont du trouver l’histoire ridicule.  D’où viendrait alors l’acharnement de l’extreme droite catholique à combattre cette affiche lorsque l’on sait qu’il existe dans cette région, une forte composante paganiste dans l’extreme droite?

 

                                 

                                  Herne Pan, le chasseur ceuilleur                            Masque chamanique Européen

   

  Ces derniers ne peuvent ignorer l’histoire de la “vieille religion” où le petit être magique et cornu (cornes d’aurochs ou de cervidés, selon les régions) était d’essence chamanique et représentait un petit génie bienfaisant de la nature farceur, espiègle, sensuel, plus axé sur la joie de vivre, la copulation joyeuse et la fécondité bienveillante que sur le malheur. Cet ancêtre cornu du père Noël, qu’il se nomme Pan, Herne, Puck, Cernunos, Robin Good Fellow, Zwarte Piet, Peter Pan, ou même Pachacamac (Pérou), fut célébré pendant des millénaires par les petits peuples  d’une grande partie du monde.

 

Le dieu Pan des grecs

 

   Ces Célébrations de la vieille religion néolithique furent en Europe refoulées, en partie, par les grandes religions germaniques, nordiques, ou celtiques, elle même fondées sur des fils solaires réssussitant, annonçant l’aptitude à intégrer les futurs Christianismes. Tandis que leurs peuples opéraient déjà vis à vis du petit peuple des forêts, qui inspira les mythes elfiques, un processus d’ordre colonial.... Les chasseurs-ceuilleurs des forêts, archers aux fléchettes nommées “traits d’elfe”, petits en taille se voyaient eux et leurs coutumes refoulés toujours au plus profond des forêts.

 

                             

                                                     Robin Goodfellow                  Chamane cornu des Isles volcaniques Canaries

 

  Mais, c’est surtout l’Eglise catholique , créée pour motif politiques par l’empereur romain Constantin au IVème siècle , armée intellectuellement de la Vulgate, traduction latine de la bible par St Jérome, soucieuse d’en finir avec la vieille religion  qui diabolisa, criminalisa, les balais de fécondité (devenus balais de sorcières) et notre petit génie cornu pourtant si bienveillant. En créant figurativement l’image du mal, du diable, de Satan, de Lucifer (le feu et le fer?), de Belzébuth destiné à faire peur, faire croire et enterrer les principes de la vieille religion.

Les adorateurs sacrificiels avaient donc réussit à enterrer les célébrants de la fécondité et de l’abondance...  Comme s’il avait fallu faire croire au diable par la terreur, pour criminaliser la liberté sexuelle et la joie de vivre, et faire croire au Dieu unique monothéique. Technique de pouvoir connue et oh! combien actuelle.  Il est à noter que les littérateurs, poètes, acteurs, musiciens, prônant une certaine joie sensuelle de vivre, ont souvent voulu à contrario de l’église représenter Satan, non comme l’image du mal absolu mais de façon innocemment subversive comme un bon diable, farceur, espègle et joyeux.

                  

Chamane des grottes de Dordogne                          Cernunos Celtique

 

  Comme si notre petit génie cornu n’avait finalement jamais disparu, et sortait de sa boite malgré tous les efforts des clercs religieux dominants pour l’y enfermer!.. Comme dans l’affiche qui fait scandale, peut-être..Une fois encore! Et si l’extreme droite qu’elle soit paganiste (et proche des grandes religions pré-monothéiques germaniques, mais dominantes vis à vis des religions célébrantes et cornues du “petit peuple”) ou catholique, a réagit avec autant de fureur, en vomissant son refoulé, elle aura trahi sans doute inconsciement sa haine des valeurs de liberté voluptueuse, sensuelle et joyeuse que représente depuis plus de 10 000 ans notre bon génie cornu.. Quant à l’extrême droite “satanique”, courant minoritaire, si elle entretient le culte de Satan, c’est pour mieux servir ses complices catholiques et paganistes. Car enfin, Satan n’a jamais existé, il n’a eu pour seule fonction que de faire peur et ainsi pousser les gens à chercher la protection de Dieu.. Les satanistes, qu’ils soient d’extreme droite ou non (les plus nombreux) ne sont que des ignorants plus avide de ritualiser le culte du mal, des horreurs, de la misère, du sacrifice et du malheur finalement si utiles aux monothéistes!

Voici la première représentation de Satan figurée par l’Eglise.

Où l’on voit qu’il est pourvu des cornes du chamanisme! Quel cocufiage historique!

  

 

En tout cas notre petit génie cornu qui nous fait l’amitié de se représenter comme nouveau né sur une affiche d’une musique qui lui va si bien, le jazz, est peut-être l’illustration symbolique et bienveillante, en cette période de “nativité accomplie” (Pour le soleil, c’est le 21 Juin avant le déclin, Pour le prophète Jésus, celui-ci a déjà rejoinrt son père.. c’est là que les chemins se séparent ), d’un retour salvateur et universel de la libre volupté et de la joie paisible et sensuelle, dont les règles du jeu pourraient fort utilement à l’humanité comme à la nature environnante, servir de loi constituante, sructurante et instituante d’un univers fondé sur le bonheur...                  

 

Lucien Duyvel