PRE-FRAGMENTS

supplément au N°7, Hiver 2003/2004
 


100 minutes pour s'en convaincre...

 

Novembre 2003, France 2. L'ubiquitaire ministre de l'intérieur, M.Nicolas Sarkozy, aura, tel le furet du bois joli, tenté de convaincre de la justesse de son action. Une campagne électorale en avance de 3 ans.
Tout le monde aura compris, qu'il n'attend pas de se raser le matin pour penser qu'il se présentera aux présidentielles de 2007.
A l'instar de M.Dominique Strauss Kahn, qui lui pense surtout à ne pas se couper en se rasant...
D'ici là, avec son frère Guillaume, actuel numéro 2, du MEDEF, on risque d'avoir une belle percée familiale au sommet du pouvoir de l'Etat et du patronat, à l'échelle hexagonale. Quatre axes auront été abordés, avec interlocuteurs, dans ce "100 minutes pour convaincre".
Deux axes gorgés du "politiquement correct" dont raffolent les médias, deux autres axes, les plus importants sans doute, mais que les médias, léchant toujours la main qui les nourrit, auront superbement ignoré.
Commençons donc, et passons, sur ce dont "tout le monde" a parlé. Un débat serré avec M.Tariq Ramadan, le gourou vedette du Forum Social Européen (cette star académie mondialisée des mouvements sociaux).
Là M.Sarkozy se sera fait un plaisir de débusquer, de cerner, les contradictions et les intentions cachées, du prédicateur prosélyte d'une mainmise de son religieux sur le Politique. A moins que ce soit l'inverse. Dévoiler, pour mieux y introduire en filigrane son concept dangereux de "discrimination positive" susceptible d'attirer à lui nombre d'électeurs musulmans. Bref, il fallait, pour M. Sarkozy, remettre M.Tariq Ramadan à sa place, surtout qu'il ne marche pas sur les plates bandes du ministre, voilà qui aura été rondement mené.
En fin d'émission, M.Nicolas Sarkozy se sera offert M.Jean-Marie Le Pen, comme le froid toréro embroche son taureau. Là encore débat réussi. Il fallait voir M.Le Pen, dans une colère inefficace, soufflant, rageant, éructant, délirant même, acculé par un Sarkozy maître de la joute oratoire.
Les gogos sont contents, tout le monde en parle dans les médias. Les deux affreux de la politique, que les médias vous autorisent à dégommer pour vous passer les nerfs, Le Pen et Ramadan, renvoyés dans les cordes du match de catch par le champion Sarkozy. Vive Sarkozy, c'est l'homme qu'il nous faut...
Pourtant, et ce ne fut repris par les médias ni en chœur, ni en cœur, le sieur Sarkozy avait abordé les questions chères au mouvement social. M.Christophe Aguitton, d'ATTAC (Mouvement sévèrement critiqué dans le N°6 de Pré-fragments), donnait par écran interposé la contradiction au ministre, chiffres édifiants à l'appui, comme arguments objectifs de la catastrophe sociale.
Le fait est que le ministre osa noter que M.Christophe Aguitton, n'approuvant point les meurtres de vieilles dames et d'enfants (Ah bon, on croyait que c'était des barbares!), devait se résoudre à accepter le chantage sécuritaire du même ministre! C'est que le ministre n'était pas à l'aise, il ne s'agissait plus de joutes verbale où l'on tente de mettre au grand jour les dissimulations rhétoriques de l'adversaire, mais de faire face aux faits réels de la misère matérielle, du chômage, de l'exclusion, de la précarité et autres injustices sociales et chiffres à l'appui, par dessus le marché (!).
Tout ce que put sortir de sa bouche le ministre fut une plate langue de bois, ne faisant que reprendre les lieux communs les plus en vogue, communiqués usuellement par le patronat et le MEDEF. Des idées si simplistes qu'elles ne contentent que ceux, parmi ceux qui n'y ont pas intérêt, pour qui réfléchir est vraiment trop fatiguant.
Et comme on ne peut bronzer idiot toute l'année...
Retraites, diminution du temps de travail, précarité... tout pour enrichir et faciliter la vie du patronat.
De même sur l'immigration et les sans papiers (outre un acte ou deux, charitables...pour montrer la grandeur de la gouvernance), tout le monde aura peut-être compris que, là encore c'est le choix du MEDEF qui primait: Le patronat, en France à besoin de faire venir la main d'oeuvre qui lui est utile, selon les caprices du marché, et les autres, dehors!
Ce qui n'est d'ailleurs ni juste ni efficace contre le trafic clandestin d'êtres humains qui contribue toujours à engraisser le marché le plus officiel.
Mais ce ne sont pas ces questions que les médias, auront, comme par hasard choisi de commenter... L'ascension "bonapartiste" de la famille Sarkozy continue, sachant surfer sur le vent actuel de l'histoire... Dans 4 ans, Nicolas président et Guillaume N°1 du MEDEF ? Le prince Sarkozy (le saviez vous?) envisage sa marche impériale vers le pouvoir, mais quel pouvoir?
Et c'est là que le prince de sang Sarkozy, ne sera jamais un Prince politique (au sens de Machiavel), car il ne restera qu'un des laquais du capitalisme actuel, lequel tend à concentrer tous les pouvoirs autour d'une convention "pipée" de la monnaie et de la valeur....
Il faut, au delà de tout cela, remarquer que derrière le discours de Sarkozy, il y a une dérive à "l'américaine", plus exactement en référence avec le tournant historique de la gauche américaine, qui abandonna définitivement la lutte des classes, ou plus justement le combat contre l'exploitation économique, en échange d'une garantie par le patronat US (qui ne se fit pas prier de l'aubaine) d'intégrer dans la vie économique le combat des minorités (minorités ethniques, gays, féministes) - et après que furent jeté aux oubliettes (c'est à dire aux cachots pénitentiaires) les emblèmes les plus dérangeants des luttes diverses des années 70.
Sans être pour autant des adeptes prosélytes des univers holistiques projetés par certains fanatiques (Et pas forcément les plus radicaux!) de ces luttes lorsqu'elles se pensaient être "La centralité", il faut reconnaître que nombre d'entre elles étaient nécessaires comme luttes de la liberté d'exister contre d'injustes persécutions.
La lutte des classes n'est pas, en effet, un principe métaphysique permettant de trouver réponse à toute problématique humaine. La considérer comme telle serait très réducteur. Cependant, il est aussi très réducteur d'envisager une approche globale et précise des problématiques humaines sans considérer que la lutte des classes en est un des éléments incontournables.
C'est pourtant ce qu'a fait la gauche Américaine et fait aujourd'hui en France cette droite au service du MEDEF.
De là a été intégré le politiquement correct, occupant et nourrissant toute une vaste activité juridique aux USA.
Est-ce parce que M.Nicolas Sarkozy est avocat, qu'il se souvient de cette leçon de bons profits?
En tout cas, à l'instar de l'ancienne gauche américaine, M.Nicolas Sarkozy s'annonce comme le vecteur de l'intégration par le MEDEF des causes du politiquement correct concernant diverses minorités à savoir "discriminer positivement" , contre un gommage définitif de la dénonciation de l'exploitation capitaliste.
Ce n'est pas, sur ce dernier point, principe de réalité oblige, gagné pour lui.

Il aura fallu, moins de 100 minutes pour s'en convaincre!

 

Robin Goodfellow